Mardi des Bernardins – Quel récit pour l’Europe ?

Quel nouveau récit pour l’Europe ? Reprenant les termes de la déclaration faite en 2013 par José Manuel Barroso, qui présidait alors la Commission Européenne, trois intervenants ont rejoint le plateau des Mardis des Bernardins ce 3 février : Antoine Arjakovsky, codirecteur du département « Société, Liberté, Paix » du Collège, Vincent Dujardin, professeur à l’université de Louvain-la-Neuve et président de l’Institut d’études européennes et enfin Jérôme Quéré, vice-président de l’association Jeunes Européens France.

Puisque « nous ne voulons pas d’une Europe médiocre et défensive qui adopte la politique de l’autruche pour échapper aux réalités du XXIe siècle » (extrait de la déclaration Un nouveau récit pour l’Europe), comment mobiliser les citoyens européens pour faire de l’Europe, non seulement un espace de paix et de stabilité, mais encore un acteur engagé en faveur de la croissance, pesant sur la scène mondiale ?

« La paix est une évidence » (Jérôme Quéré)

Si le souhait de créer un large espace de paix formulé par les Pères de l’Europe aux lendemains de la seconde guerre mondiale a été exaucé, l’Europe se retrouve aujourd’hui confrontée à de nouveaux défis. « Ma génération a été sensibilisée très tôt : pour nous la paix est une évidence, l’euro est une évidence… Le recentrage sur des valeurs communes, c’était la base du projet (…) mais c’est une idée qui s’est perdue », regrettait Jérôme Quéré, jeune professionnel très engagé pour sensibiliser les citoyens à l’Europe, son histoire et ses pouvoirs. Il déplorait que si peu de gens, interrogés dans la rue ou lors de campagnes, s’intéressent à elle. Vincent Dujardin réagissait : « mais aujourd’hui on traverse une crise de la pensée européenne, cela fait 65 ans qu’on ne trouve pas la bonne formule… »

 

Les défis de l’identité et de la croissance

Nos intervenants s’accordaient pour dire que l’Europe avait « besoin de symboles et de mythes » (Antoine Arjakovsky) comme échos de l’Histoire commune aux États-nations qui forment l’Europe. Et tous trois d’imaginer un vaste projet d’écriture de cette histoire commune, couplée à un programme d’enseignement. Mais ce « nouveau récit » ne peut ignorer les réalités politiques et économiques. Nos invités ont rappelé le besoin de plus de clarté dans l’organisation des pouvoirs au sein de l’Europe : « il y a un génie de l’Europe, une vision du pouvoir qui est celle du service », définissait Arjakovsky, tandis que son collègue de Louvain renchérissait : « la dimension économique, pour l’avenir de l’Union, est majeure. S’il n’y a pas de croissance, dans cinq ans, il n’y a plus d’Union Européenne. »