Le nouveau récit pour l’Europe à Milan et le récit européen en actes à Kiev

A l’invitation du président de la Commission européenne José Manuel Barroso je me suis rendu à Milan les 8 et 9 décembre pour participer à l’élaboration d’un « Nouveau récit pour l’Europe ». Il s’agit d’une initiative du Parlement européen, relayée par la Commission européenne, qui consiste à réunir plusieurs centaines d’intellectuels et d’artistes européens en vue de produire une nouvelle vision de l’Europe enracinée dans une conception partagée du passé et de l’avenir européen. A l’issue de la réunion de Milan, qui faisait suite à celle de Varsovie en juillet dernier, il a été convenu de se réunir à nouveau au printemps prochain, (probablement début mars à Berlin), en vue de rédiger puis de publier une déclaration commune.

Celle-ci devrait partir des réponses spécifiquement européennes qui furent apportées aux trois crises majeures du temps présent : la crise des nationalismes (1945), la crise du communisme (1989), la crise de l’ultra-libéralisme (2008). Elle devrait également mêler quatre points de vue différents : celui des historiens (qui souhaitent rendre visible l’émergence d’une conscience européenne au fil des siècles), celui des artistes et scientifiques (qui chacun à leur manière insistent sur le génie européen fait de liberté d’initiative, de créativité et de sociabilité en réseaux), celui des citoyens (qui rappellent que la démocratie européenne se fonde sur la notion de personne, et sur de grands textes comme la Convention européenne des droits de l’homme), enfin celui des philosophes (Jean-Marc Ferry a expliqué à Milan que le nouveau récit européen ne pouvait être seulement narratif, il se devait également de devenir interprétatif, argumentatif et reconstructif ).

Cette initiative rejoint le projet de recherche du département de recherche « Société Liberté Paix » du Collège des Bernardins consacré à l’Europe. Outre le séminaire « Mémoires, identités et imaginaires des Européens » organisé en partenariat avec l’association Anima mundi, ce projet prévoit également de travailler à la rédaction d’une histoire européenne de l’Europe en partenariat avec plusieurs centres de recherches européens à Bruxelles, à Luxembourg, à Lviv, etc… Notre souhait de travailler en coopération étroite avec les intellectuels ukrainiens correspond ici aussi aux préoccupations de l’Union européenne. A Milan un texte de soutien à la résistance ukrainienne pro-européenne a été signé par plus de 80 intellectuels et artistes européens. Le voici :

« Chers amis des rues de Kyiev et des autres villes d’Ukraine, Nous citoyens, penseurs, artistes et scientifiques européens qui nous sommes réunis en Assemblée générale à Milan le 9 décembre à l’invitation du président de la Commission européenne José Manuel Barroso pour la préparation d’un nouveau récit pour l’Europe, nous suivons les événements à Kyiev avec une grande attention. Nous vous transmettons nos sympathies les plus chaleureuses dans votre combat pour la liberté et la démocratie en Ukraine. Votre force et votre persévérance est pour nous un signe clair que votre pays appartient à la famille des pays libres et démocratiques de l’Europe unie. Nous voulons vous assurer que vous occupez déjà une telle place dans nos cœurs. Votre combat, votre courage et vos souffrances sont importants pour nous. Nous comprenons notre soutien comme une obligation à soutenir vos efforts pro-européens. Nous aimerions beaucoup voir une continuation et un approfondissement du processus d’intégration européenne. Comme personnes réunies par le respect de valeurs telles que la démocratie, la liberté, l’Etat de droit, la culture et l’égalité, nous aimerions vous souhaiter de la force dans vos luttes pour ces valeurs communes. Notre tâche comme Européens n’est pas seulement de veiller à la bonne gouvernance politique, économique et administrative, mais aussi au climat moral qui permet à l’Union européenne d’être une maison accueillante pour tous les citoyens européens. C’est pourquoi nous soutenons également vos prisonniers politiques qui luttent pour notre liberté commune. »

Antoine Arjakovsky