À propos d’une future gouvernance mondiale

Le 23 mars 2011 paraissait, dans les pages Forum du quotidien national La Croix, une tribune de Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, intitulée « Le local et l’humain au cœur de la gouvernance mondiale ».
Un article signé par Mgr de Moulins-Beaufort et Philippe Poirier, co-organisteurs du colloque sur la « gouvernance mondiale et l’éthique au XXIe siècle », complétait cette page, mettant en avant l’exigence éthique nécessaire à une réflexion sur la création d’une gouvernance mondiale.
Michel Gérard, lecteur de La Croix, a accepté de publier sur ce blog, sa réaction après la lecture de ces lignes. Il nous livre ici une analyse intéressante en nous donnant une certaine idée d’une future gouvernance mondiale.

Je rebondis cette fois-ci sur les excellents propos parus dans La Croix du 23 ou du 24 mars sous les plumes de Pascal Lamy, d’Éric de Moulins-Beaufort,  évêque auxiliaire de Paris et de Philippe Poirier, en m’étonnant qu’au sortir des 3  catastrophes naturelles que nous venons de vivre depuis un an au Japon, en Australie et en Haïti, personne n’ait songé à l’intérêt qu’il y aurait à créer une force internationale d’intervention pour secourir  avec puissance dans les 24 heures  les populations éprouvées et ensuite  les aider à déblayer les ruines, à loger les sinistrés, puis à  reconstruire les infrastructures  et logements disparus.

Cette force serait basée en permanence dans quelques endroits stratégiques du globe et serait en partie constituée, puisque 80% de la population mondiale  vit près de la mer, de navires hôpital, de navires porte hélicoptères, de navires hôtel, de navires porte engins, etc ; financée par les 200  nations de la planète au prorata de leurs ressources, elle regrouperait les meilleures compétences, médecins et experts, et des milliers jeunes gens du monde entier y feraient leur service civique, apprenant aussi à mieux se connaître.

Gouvernance mondiale de l’humanitaire et du développement ?

Cette force serait dirigée par un Conseil élu au sein de cette future Organisation Mondiale de Gouvernance, à développer autour de l’ONU et qui regrouperait les très nombreuses entités gouvernementales internationales existantes et qui, déjà, veillent à d’innombrables aspects de notre quotidien : santé, financements du développement, normes de fabrication, protection de la dignité humaine dans le travail, environnement, gestion des risques nucléaires, fluidité du commerce, navigation aérienne, etc.
Cette exigence éthique,
qui doit marquer toute gouvernance mondiale, telle qu’elle est mise en avant  par les auteurs des articles cités, passe, ne l’oublions pas, par la nécessaire utilisation du principe de subsidiarité : cette force pacifique de secours serait réellement mise au service de la souveraineté de chaque État secouru.

Renforcer la solidarité pour rendre inutiles les combats armés

Une telle mutualisation de ces  grands risques naturels, si coûteux même pour les nations les plus riches, et insurmontables pour les nations pauvres comme Haïti, ferait peut-être passer au second plan la justification des énormes sommes dépensées dans le monde pour l’armement et la guerre, cette guerre qui crée artificiellement tant de  pauvreté, de destructions et de larmes ; au contraire, cette importante force d’intervention pacifique renforcerait la solidarité, la confiance et l’amour entre les humains de toute nation ou race, accélèrerait le développement, et rendrait les conflits armés de plus en plus honteux, odieux et inutiles. Nos médias auraient ainsi un grain à moudre de bien meilleure qualité que les violences habituelles qui salissent nos écrans d’ordinateurs et de TV.

Dernière objection : que ferait cette armada quand il n’y a pas de catastrophe naturelle ? Elle pourrait intervenir ponctuellement dans des pays très pauvres pour construire gratuitement telle ou telle infrastructure cruellement manquante, ou pour toute action massive en faveur du développement ; l’union faisant la force, elle pourrait aussi, avec l’amélioration de nos connaissances scientifiques, constituer et gérer un réseau efficace de prévention des risques naturels, dont le financement est actuellement hors de la  portée de tout État, même riche et savant.

C’est une voie nouvelle à explorer, pour, comme le prédit le prophète Isaïe, transformer nos épées homicides en pacifiques faucilles ; c’est peut-être cela le vrai progrès évoqué par Benoît XVI…