L’installation d’Isabelle C.

Théodora Domenech, jeune philosophe et critique d’art, m’envoie cette brève relation d’une visite de l’installation d’Isabelle Cornaro.

Je suis dans la grande nef du Collège des Bernardins et je m’approche de la sacristie. Une indication discrète me fait comprendre que « c’est bien là », l’installation d’Isabelle Cornaro, Du proche et du lointain.
Mais la porte est fermée et personne n’est présent pour l’ouvrir ou pour m’inviter à entrer. Cette situation m’intimide, je me demande si je suis bien dans mon droit. Je regarde aux alentours en espérant un signe d’approbation. Aucune réponse. J’entre avec l’impression de pénétrer dans une chambre secrète. Je suis en haut des marches, l’installation me semble loin et petite comparée à la hauteur des voutes. Pourtant quelque chose en elle m’agresse.

Ce sont les structures des vitrines, que je trouve glaçantes. Elles cassent mes attentes, qui étaient de trouver un lieu protégé, chaleureux. Je m’avance et découvre cette fois le contenu des vitrines. Les objets chargés d’affects ne parviennent pas à me faire oublier la rigidité ressentie tout d’abord. Ces tables décidément m’évoquent une opération médicale, une dissection plus précisément. Les objets me paraissent posés comme des corps fraichement passés attendant d’être « étudiés ».

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Un élément cependant permet de résorber ce sentiment macabre. Ce sont les feuilles de papier colorées. Grâce à celles-ci, je garde en tête l’idée de la mort, mais c’est une mort beaucoup plus apaisante. Je pense alors au repos dans l’éternité. Les couleurs en effet attirent mon regard, elles me libèrent de toutes les tensions ressenties jusqu’à ce moment. C’est la touche qui permet selon moi de porter l’ensemble de l’œuvre et de sa proposition.

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À ce qu’on peut lire dans les interviews réalisées de l’artiste, Isabelle Cornaro utilise les couleurs pour constituer un fond, qui fasse voir les objets sous l’angle d’une « composition abstraite », faisant ainsi échos à la peinture moderne.
Je ne m’avance pas sur ces sujets. Le témoignage que je présente ici est simplement ma première impression. Une impression qui n’est pas réfléchie ni référencée, mais purement sensorielle.

Théodora Domenech