Les Mardis des Bernardins – Le numérique renouvelle-t-il la création artistique ?

 

« Si Léonard de Vinci avait eu une imprimante 3D… »

« …je suis certain qu’il l’aurait utilisée ! », s’exclamait Lyes Hammadouche en évoquant son travail au Collège des Bernardins. Il expliquait que le numérique permettait un gain de temps dans la création artistique, non pour mépriser « la beauté du geste artisanal, du mouvement », mais pour mieux développer les possibilités de son art. Et Gaël Charbau, commissaire de l’exposition, d’ajouter que l’artiste doit toujours « critiquer ses propres outils », ne pas être « dans une fascination béate et naïve » pour ces derniers : le numérique comme medium doit rester au service d’un grand but, celui de la création artistique, de la recherche du « sublime » (Lyes Hammadouche).

Déconstruire des préjugés

Nos intervenants ont tenu à revenir sur des préjugés concernant l’art contemporain faisant usage de l’outil numérique. La notion d’art numérique, selon Françoise Parfait, est à questionner ; Jacques-François Marchandise mettait également en garde contre les idées préconçues selon lesquelles « le numérique serait du virtuel (…) et l’art serait dématérialisé ».

Contre la banalisation de l’expression révolution numérique qui envahit journaux et discours politiques, Françoise Parfait soutenait : « ce n’est pas le numérique qui va changer les choses, c’est la manière dont les artistes, les auteurs vont pousser dans ses retranchements ces technologies pour leur faire dire autre chose ». Le numérique pose également la question de la place de l’industrie dans l’art : faut-il rappeler l’influence de la révolution industrielle sur les arts du XIXe siècle pour convaincre la société qu’au cours de l’histoire, l’art a toujours utilisé les outils que le progrès a pu mettre à sa disposition ?

L’œuvre entre l’artiste et son public : humilité et fragilité

Évoquant la question de la finitude de l’homme face à l’infini de l’univers, auxquels l’exposition de Lyes Hammadouche fait écho, Jacques-François Marchandise expliquait : « un des champs dans lesquels on tombe extrêmement vite avec le numérique, c’est le champ de la mesure et de la démesure ». L’outil numérique, s’il permet en quelque sorte de dominer l’ensemble des sciences et des acquis technologiques de l’humanité, doit surtout permettre à l’artiste de se questionner et de questionner son spectateur, de retrouver l’humilité qui le place comme vecteur, entre la transcendance et les hommes qui la cherchent. En définitive, « le travail de l’artiste sera toujours le même, cette fragilité de la relation au monde, [pour faire] émerger une forme qui va questionner ».