L’Art contemporain, un vis-à-vis essentiel pour la Foi

Après l’interview de Jérôme Alexandre chez La Procure, nous re-publions ici la critique de Chantal Delsol originellement parue dans La Revue Théologique des Bernardins à propos de son livre « L’Art contemporain, un vis-à-vis essentiel pour la Foi ».

Mise-à-jour : vous pouvez également lire la réponse de Jérôme Alexandre.

Que faut-il entendre par Art contemporain ?

Un bon exemple en est l’exposition « La pesanteur et la grâce », proposée par les Bernardins dans laquelle cinq artistes présentent des matériaux bruts en annonçant qu’ils ont « abandonné leur savoir-faire pour laisser le rôle aux matériaux ».
Pour le spectateur qui s’interrogerait sur la signification de ce type d’œuvre (car il ne voit là, à première vue trompeuse, que quelques morceaux de moquettes de couleur), le livre de Jérôme Alexandre vient à point.

L’art contemporain, un vis-à-vis essentiel pour la foi - Livre du théologien et chercheur au Collège des Bernrdins Jérôme Alexandre

On ne voit pas ce que cela représente ? C’est normal, car l’art contemporain ne cherche pas à représenter le monde, et c’est là son caractère résolument nouveau. Il cherche à exprimer la vérité du monde et de la vie tragique des humains que nous sommes. Il ne s’attache plus à l’esthétique ni ne quête particulièrement la beauté. Il veut le vrai, et le vrai, c’est la réalité, même la plus simple, la plus quotidienne – le bidet de Marcel Duchamp.

Qu’est-ce qui distingue alors une œuvre d’art d’un objet tout court ?

Rien, sinon le regard posé sur lui. Tout est art. Comment repérer l’artiste parmi ses contemporains ? Le fait qu’il se dise artiste. Autrement dit, pourrais-je poser un crayon sur la table et me déclarer par là, artiste ? Oui, si je regarde cet objet en vérité, comme un témoin de la présence de l’homme au monde et de sa condition existentielle, et non pas seulement comme un simple crayon, voué à calligraphier.

C’est ici la création véritable, car elle ne façonne aucun artifice et offre la réalité dans sa nudité. En ce sens, l’art contemporain rejoint l’acte de foi, puisque l’un et l’autre dévoilent la vérité-réalité, auparavant dissimulée sous le fatras des apparences et de la quotidienneté, et aussi sous le voile trompeur de l’esthétique. L’art n’est pas abandonné, mais la vie elle-même devient art. On reproche à l’art contemporain des mises en scène de la violence, des expositions scandaleuses ? Mais la vie est là, aussi. Yves Klein se lance dans le vide pour « célébrer l’union de l’artiste avec l’espace ». Ce qui peut paraître fou. Mais ne l’est pas davantage que de suivre le Christ. On croit qu’il y a ici une récusation de l’art ? Plutôt un renoncement libre à toutes formes anciennes de l’art, afin de tenter « l’accomplissement définitif de l’humain, ce qui est le signe même de la Foi ».

Le lecteur se sent peut-être dépaysé ? C’est qu’il n’a pas renoncé à ses a priori. L’art ancien était une médiation, dont nous n’avons plus besoin – « la beauté sauvera le monde », et autres sornettes. L’art contemporain nous permet désormais de nous approcher directement de la Vérité.

Chantal Delsol

L’art contemporain, un vis-à-vis essentiel pour la Foi