Mardi des Bernardins – La PMA, du médical au sociétal ?

Nos invités ont questionné les développements passés et à venir des techniques de procréation médicalement assistée. Les possibilités de la science remettent en cause les conditions-mêmes de la procréation. Sommes-nous capables de discerner et de limiter les effets pervers de l’intrusion de la science dans la procréation ?

Après avoir souligné les glissements sémantiques de ces techniques -parlons-nous de « procréation médicalement assistée» ou « d’assistance à la procréation » ? -, Jacques Testart, le « père » du premier bébé éprouvette en France, a rappelé que si la fécondation in vitro au sein d’un couple ne posait pas de problème à ses yeux quant à la filiation et l’idée même de procréation, les évolutions actuelles étaient plus inquiétantes. Pour le Père de Malherbe en revanche la FIV, même entre époux, répond à un modèle de production plutôt que de procréation d’enfant, qui porte en germe les revendications actuelles de la maternité de substitution par exemple. Nos invités ont convenu que la PMA quittait le champ du médical pour répondre à un désir d’enfant qui n’est pas légitime dans tous les cas. Monette Vacquin, psychanalyste, a mis en évidence que l’intrusion de la technique dans la procréation pouvait servir la subversion de la raison par le désir. Le sujet serait d’autant plus alarmant que nous serions déjà entrés dans des pratiques eugéniques : le tri des embryons, non plus pour éviter des maladies graves mais des risques de maladie, et la médicalisation industrielle de la procréation doivent nous interroger sur un mouvement qui à certains égards ne semble pas pouvoir être arrêté.

L’équipe des Mardis des Bernardins.