Les relations maître-disciple une expression de la transmission

Transmettre – Apprendre est un séminaire émanant du département Sociétés humaines et responsabilités éducatives.
Ce cycle de conférences est placé sous la direction de Marcel Gauchet, directeur de recherches à l’École des hautes études en sciences sociales, et titulaire de la Chaire du Collège des Bernardins 2010 – 2011.

Séminaire Transmettre/Apprendre – séance du 15 avril 2010

Marcel Gauchet a choisi de consacrer cette séance à un autre objet de survivance de la transmission : la relation maître-disciple dans le cadre de l’acquisition du savoir.
Pourquoi ? La mettre en évidence permet de prendre conscience que la transmission conserve une part incompressible dans un univers de culture qui la condamne officiellement.
Comment définir l’essence de cette relation ? La relation maître-disciple se greffe sur une structure institutionnelle le plus souvent, mais procède surtout d’un choix.

Le maître n’existe que s’il est reconnu par des disciples.

Le maître peut ignorer qu’il est désigné comme maître : qui n’a jamais reconnu à postériori tel individu comme ayant joué le rôle d’un véritable maître à un moment de son existence ? La relation maître-disciple peut donc se construire sur deux modes : l’un explicite, l’autre officieux.

Plusieurs secteurs professionnels donnent encore une place explicite à cette relation : les savoirs pratiques professionnels et la recherche.
Marcel Gauchet fait remarquer que citer le monde de la recherche peut surprendre ; or on constate que les occasions publiques dans ce domaine ne manquent pas pour revendiquer des liens à des autorités intellectuelles : leçons inaugurales, remises de prix, éloges etc.
Phénomène étudié avec minutie par Françoise Waquet dans son ouvrage : Les enfants de Socrate, filiation intellectuelle et transmission du savoir du XVIIe au XXIe siècle. Bien sûr, il ne faudrait pas se laisser abuser par la force de la rhétorique de mise dans ces manifestations publiques !

Dialogue humoristique maître-disciple

Dans le domaine des savoirs pratiques l’existence d’une relation maître-disciple explicite semble plus évidente ; néanmoins, il convient là d’étendre le terme ‘disciple’ à celui ‘d’apprenti’, ‘d’élève’. La survivance du compagnonnage en est l’exemple le plus illustratif.
Dans ces deux domaines, on constate qu’une transmission s’opère grâce à une fréquentation quotidienne, à une observation, et donc à un lien interpersonnel qui se noue.

La relation maître-disciple se caractérise par la transmission d’une façon d’habiter le savoir plus que par la transmission d’un simple contenu.

Mais comment fonctionne précisément cette relation maître-disciple ? Marcel Gauchet suggère six entrées possibles pour étudier cette relation.
Le rapport maître-disciple implique une ‘personnalisation’, ou ‘personnification’ ou encore ‘incarnationdu savoir sous la forme du maître. Le maître est celui qui a suffisamment de recul face à son savoir et qui donne sens à ce que nous ignorons. La figure la plus emblématique étant celle de Socrate dont l’essentiel de la maîtrise consiste à apprendre à ceux qui croient savoir qu’ils ne savent pas grand-chose et c’est cette conscience qui leur donne alors accès au vrai sens du savoir.
La relation implique également une dimension existentielle : apprendre transforme. Le maître est celui qui aide le disciple à trouver la juste position vis-à-vis du savoir. Le savoir n’est pas réductible à des compétences qui resteraient extérieures à nous ; le savoir s’inscrit dans l’ordre de l’Être, dans la subjectivité.
Toute relation maître-disciple comporte une dimension initiatique : le maître permet à l’élève de franchir le fleuve de l’opacité propre à tout savoir.
Cette relation engage aussi un rapport à la parenté, à la filiation. La transmission du maître au disciple prend sens à l’échelle de l’aventure humaine et non simplement d’un particulier à un particulier.
Enfin la relation maître-disciple est suspendue au pouvoir de la parole et mobilise le don : don du maître qui engage le don du disciple afin que se perpétue l’âme du progrès du savoir dans le temps.

Premier pas d’une exploration qui met en lumière qu’on apprend de quelqu’un ou à quelqu’un : qu’il faut une transmission pour qu’il y ait savoir.

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