Tradition Transmission Catéchèse ?

Transmettre – Apprendre est un séminaire émanant du département Sociétés humaines et responsabilités éducatives.
Ce cycle de conférences est placé sous la direction de Marcel Gauchet, directeur de recherches à l’École des hautes études en sciences sociales, et titulaire de la Chaire du Collège des Bernardins 2010 – 2011.

Séminaire Transmettre/Apprendre – La transmission de la foi – séance du 27 mai 2010

Le père Jacques de Longeaux et le père Stéphane Bentz ont pris la parole : le premier s’est intéressé au sens de la transmission en lien avec la notion de tradition, le second s’est penché sur les conditions concrètes de la catéchèse.

Le père Jacques de Longeaux s’est intéressé au livre d’Yves Congar (1904-1995), La tradition et la vie de l’Église. Cet ouvrage ouvre une réflexion sur la notion de la transmission qui est à l’œuvre dans la conception catholique de la tradition.
Yves Congar perçoit deux façons de définir la transmission :

  • comprise dans un sens un large, la transmission intègre non seulement l’Écriture mais aussi tout ce qui constitue la tradition de la religion chrétienne : sacrements, rites, institutions ecclésiales, règles morales, doctrines théologiques et spirituelles…
  • entendue dans un sens plus restreint, la transmission exclut l’Écriture car il est possible d’y avoir accès sans qu’elle ait été transmise par quelqu’un. La transmission est uniquement centrée sur ce qui implique une relation personnelle ; elle se résume à ce qui constitue la tradition (sacrements, rites, institutions….)

Il y aurait donc deux modes de transmissions : une transmission par l’écriture et une transmission par l’oral et la symbolisation… Ce qui est transmis est-il alors différent ?

Yves Congar penche plutôt pour l’existence d’un même contenu, d’une même vérité chrétienne, qui serait transmise par deux canaux différents : l’Écrit et le non Écrit (la tradition).
Sa réflexion sur la transmission de la foi va plus loin : elle est transmission de la vie. Le père Jacques de Longeaux rappelle que dans le Nouveau Testament, le terme grec paradidomaï qui signifie « transmettre » est traduit, lorsqu’il s’applique à Jésus, par « celui qui livre sa vie, celui qui transmet l’esprit ».
La dynamique propre à la transmission de la foi, en même temps conservation objective d’un contenu et appropriation de celui-ci, et donc accroissement de celui qui reçoit, est l’essence même de toute transmission.

Le père Stéphane Bentz a souhaité, pour sa part, revenir sur les enjeux qui traversent la catéchèse. Au sens étymologique, la catéchèse (du verbe katêkhizein) signifie « instruire oralement ».
Elle concerne l’éducation de la foi des enfants, des jeunes et des adultes. Sa légitimé peut paraître problématique : peut-on transmettre la foi ?
La catéchèse, si elle ne peut prétendre être don de Dieu, cherche à transmettre le message de l’Évangile. Elle ne saurait se réduire à la transmission d’une Histoire Sainte, elle veut montrer que ces événements passés éclairent la vie présente. Vivement touchée aussi par la crise de la transmission, la catéchèse doit chercher des réponses à ses difficultés.
Le père Stéphane Bentz note plusieurs réactions de la part de l’Église :

  • en 2006, pour la première fois depuis quarante ans, un texte d’orientation sur la catéchèse en France a été publié, témoignage d’une priorité pastorale ;
  • propositions éducatives pour les familles qui sont les premiers éducateurs de la foi mais souvent démunies ;
  • propositions d’activités concrètes pour les jeunes mêlant loisir et réflexion sur la foi ;
  • intégration de la pastorale des jeunes au centre des paroisses.

Tradition et catéchèse posent toutes deux la question de la transmission de la foi. Celle-ci apparemment singulière dans le vaste champ de la transmission semble pourtant révéler la clé de son processus : la génération qui reçoit grandit tandis que la génération qui donne diminue ; la transmission est bien don de vie.

Écouter/télécharger le podcast de la séance.