Poser le sujet

Transmettre – Apprendre est un séminaire émanant du département Sociétés humaines et responsabilités éducatives.
Ce cycle de conférences est placé sous la direction de Marcel Gauchet, directeur de recherches à l’École des hautes études en sciences sociales, et titulaire de la Chaire du Collège des Bernardins 2010 – 2011.

Transmettre/Apprendre – séance du 28 janvier 2010

Cette première réunion a été l’occasion, pour Marcel Gauchet, de poser le sujet du séminaire « Transmettre-Apprendre » : il s’est agi de l’inscrire dans la continuité d’une réflexion antérieure et de proposer les différentes lignes de réflexion à venir.

Premier temps, celui du constat d’une situation de perte de repères familiers, d’une situation qui nous invite à reprendre les choses à la base et où la question de la transmission se trouve justement plus que jamais engagée.

L’appréhension d’un tel sujet a fait l’objet de trois axes d’étude :

Tout d’abord choisir une démarche : celle d’une philosophie politique de l’éducation,  développée dans  son livre Pour une philosophie politique de l’éducation, (en collaboration avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi).

Le sujet s’est alors naturellement centré sur la question du statut de l’enfant au cœur du problème de l’éducation. Poser la question des conditions de l’éducation est apparu primordial pour comprendre en partie la situation de crise de la transmission.

Quatre éléments seraient à prendre en compte :

  • quel est le rapport de l’institution familiale à l’entreprise éducative au sens le plus large ?
  • Quel est le sens des savoirs ?
  • Quel est le statut de l’autorité ?
  • Quelle est l’expérience quotidienne de l’enfant ?

Axe d’étude réuni là aussi dans un livre : Condition de l’éducation (en collaboration avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi).

La réflexion s’est ensuite portée sur le problème de la justice sociale dans l’éducation ; problème difficile à embrasser du fait de la diversité des paramètres à prendre en compte. Une publication à venir devrait synthétiser ce troisième axe d’étude.

Enfin, les conférences à venir se proposent d’aborder un point plus épistémique : que veut dire apprendre, connaître, savoir, transmettre ?

Questionner le sens de ces mots permet de mettre en évidence le fondement des tensions qui habite tout système éducatif :
le système éducatif est pris entre la contradiction d’un modèle sociétal de la transmission (il lui faut assurer la continuité des générations par le legs de valeurs, d’un modèle social idéal, intangible) et d’un modèle  sociétal de la connaissance.

Compromis qui perdure depuis des siècles mais qui se voit contesté au début du XXe siècle et trouve sa plus forte contestation dans les années soixante-dix ; années de grands bouleversements de nos cultures et de nos sociétés à la faveur d’une crise économique dont les répercussions vont bien au-delà de la sphère strictement économique.

En effet, à travers ces deux modèles se dessinent deux visions de la connaissance : pour les sociétés de tradition, la connaissance est directe, intuitive et passive, au contraire pour les sociétés modernes la connaissance est indirecte et active.

Et paradoxalement, c’est au moment du rejet de ce modèle sociétal de transmission que le mot même de transmission est appliqué à un usage éducatif. Désigné pour être mieux rejeté, il est finalement revalorisé dans les années quatre-vingt : on redécouvre alors que la transmission est forcément présente dans l’apprentissage et qu’apprendre ne peut suffire à décrire le rôle de l’éducation.

C’est cette redécouverte du rôle primordial de la transmission qui légitime ce quatrième axe d’étude : qu’est-ce que transmettre ? Qu’est-ce qu’apprendre ?

Pour aborder cet angle épistémique : une première piste s’appuiera  sur des enquêtes précises auprès de ceux qui sont directement concernés par la question de la transmission une deuxième piste creusera la question des savoirs à travers sa dimension temporelle, pratique, linguistique et interpersonnelle.

Écouter/télécharger le podcast de la séance.