Théorie de la connaissance et modèle pédagogique ?

Nathalie Bulle - L’École et son double, essai sur l’évolution pédagogique en France - Chaire Marcel GauchetNathalie Bulle, sociologue de l’éducation, auteur récemment de L’École et son double, essai sur l’évolution pédagogique en France, Paris, Hermann, 2009 (rééd. 2010) était l’invitée de cette séance. L’objectif de son exposé a été de montrer qu’il existe une étroite relation entre les théories de la connaissance (l’épistémologie) et l’apprentissage scolaire.

Dans un premier temps, elle a souhaité mettre en évidence les deux grandes théories de la connaissance qui sous-tendent ces deux conceptions pédagogiques : Transmettre Apprendre.
La pensée occidentale s’est construite sur une opposition entre une pensée empirique, où la connaissance est essentiellement un mode d’expérience, et une pensée théorique où la connaissance se construit à partir de modèles.

En s’appuyant sur les travaux du sociologue Émile Durkheim (1858-1917), Nathalie Bulle a retracé brièvement, dans un second temps les évolutions des conceptions pédagogiques en Occident renvoyant toujours sous des formes diverses à cette disjonction fondamentale entre un pôle empirique et théorique.

Pour l’Occident, la pensée platonicienne de la connaissance et de l’éducation a été particulièrement influente. Chez Platon, le processus de l’éducation doit permettre à l’homme de re-construire ses savoirs oubliés au moment de la tombée de l’âme dans le corps.

L’éducation vise le développement intellectuel qui ouvre l’accès à la connaissance du bien.

La dialectique, science des formes intelligibles, est perçue comme une méthode de recherche du vrai. Sont également privilégiées l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique (quadrivium) car elles ont pour objet d’arracher l’esprit au monde du sensible.
Il faudrait ajouter comme le souligne Durkheim que les penseurs de l’Antiquité jusqu’à Socrate avaient au contraire commencé à s’intéresser à l’univers physique : le monde était le lieu du divin.
C’est néanmoins une pédagogie centrée sur le développement de l’esprit qui a dominé depuis les formes embryonnaires de l’institution scolaire à la Renaissance carolingienne et jusqu’à la veille de la Révolution. Ainsi, la grammaire, la logique et la rhétorique qui constituaient la première partie des sept arts libéraux, ont été chacune à leur tour un centre majeur de l’enseignement, en fonction de ces finalités.

Théorie de la connaissance et modèle pédagogique ? - Nathalie Bulle invitée par Marcel Gauchet au Collège des Bernardins

Caricature de Tim Dolighan pour la FCRSS

Que s’est-il passé alors pour qu’aujourd’hui un discours mondialisé de l’éducation incite à l’abandon des apprentissages académiques ou théoriques ? Comment sont-ils devenus synonymes de processus éducatifs passifs, conformistes et suspectés d’être inutiles ?

Pour comprendre ce renversement, il faudrait revenir à la fois à différentes figures comme John Locke (1632-1704), Herbert Spencer (1820-1903) et surtout aux doctrines évolutionnistes du XIXe siècle. Voir Dominique Ottavi – « Mettre en lumière une doxa ».
Elles ont inspiré une psychologie du développement intellectuel appuyé sur une tradition empiriste.

Selon le modèle biologique de l’évolution, l’esprit se développe sous la forme d’une complexification croissante : l’esprit va des idées simples vers les niveaux d’abstraction.

En conséquence, l’élève doit construire ses savoirs par sa propre expérience. La pédagogie est alors victime d’un réductionnisme et d’un naturalisme.

L’histoire de la pédagogie, 1886, de Gabriel Compayré (1843-1913) apparaît également comme une source riche pour éclairer la complexité des éléments qui influencent et structurent un modèle éducatif.

Ci-dessous, quelques ressources sur Nathalie Bulle, L’École et son double, essai sur l’évolution pédagogique en France et l’ensemble du séminaire Transmettre-Apprendre de Marcel Gauchet.

L’École et son double, essai sur l’évolution pédagogique en France

Transmettre – Apprendre est un séminaire émanant du département Sociétés humaines et responsabilités éducatives.
Ce cycle de conférences est placé sous la direction de Marcel Gauchet, directeur de recherches à l’École des hautes études en sciences sociales, et titulaire de la Chaire du Collège des Bernardins 2010 – 2011.