Suppression des notes et réforme du système éducatif français : un rideau de fumée ?

L’annonce du président du CSP faite en novembre 2014, recommandant l’abandon des notes chiffrées comme système d’évaluation des élèves français a fait couler beaucoup d’encre. Pourtant loin de constituer une orientation nouvelle, cette question est récurrente dans le débat français depuis la fin des années 1960. Elle fait émerger la question des finalités de l’évaluation dans le système scolaire français, question corrélée à celle des finalités de l’école. La résurgence de cette question et les débats qu’elle suscite à chaque fois nous renseigne donc sur le rapport que la société française entretien avec son école.

Il est important de souligner que la proposition du CSP de supprimer les notes à l’école, ne consiste pas à supprimer l’évaluation des élèves, mais plutôt à mettre en place à partir du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, une nouvelle échelle d’évaluation. Celle-ci consiste à évaluer en priorité, les compétences sur six niveaux de maîtrise, lesquels seraient notamment matérialisés par des lettres (de A à F). Dans le système ainsi préconisé la notation chiffrée ne disparaît pas complètement, elle change de fonction. De moyen de récompense ou de sanction, elle se transforme en élément indicatif, un moyen d’évaluation parmi d’autres. Si l’objectif de la réforme proposée par le CSP est de faire des « acquis des élèves, […] le référentiel central autour duquel l’ensemble de l’école se défini[t] et s’évalue », elle ne constitue pas non plus une révolution au sens profond du terme. En effet, la recommandation du CSP ne conduirait pas à remplacer complètement l’évaluation sommative (relative aux orientations scolaires), par l’évaluation formative (portant sur les apprentissages). A ce titre cette décision est le reflet du rapport ambigu qu’entretient la société française avec son système éducatif. Celui-ci conçu et perçu comme un système de sélection et donc de hiérarchisation d’une part, porte également des espoirs, des attentes en terme de réussite pour tous par ailleurs.
Ainsi, on peut émettre à l’égard du système proposé par le CSP qui conserve une part d’évaluation sommative, les mêmes critiques que celles qui sont faites à l’égard du système actuel. Il s’agirait ainsi d’une réforme en demi-teinte, d’un système éducatif pourtant générateur d’échec d’un nombre trop important d’élèves (140 000 « décrocheurs » par an).
N’en déplaise à certains, mener une réforme plus efficace du système éducatif français et essayer de mettre fin à l’échec scolaire, suppose d’aller plus loin que les propositions formulées. Il faudrait orienter le système d’évaluation scolaire vers une évaluation principalement formative, c’est-à-dire une évaluation conçue comme un outil, permettant de rendre compte de la progression de chaque élève, et lui fournissant, le cas échéant, les moyens de s’améliorer. Dans cette perspective, l’objectif est de passer d’une conception et d’une perception de l’école comme un lieu (angoissant) de compétition entre les élèves, à sa représentation comme un lieu d’apprentissage continu au sein duquel l’échec constitue plus un tremplin de perfectionnement, qu’un stigmate. Ainsi conçue, l’évaluation bienveillante (décriée par certains), contribuerait à la réussite de tous les élèves en fonction des besoins et des capacités de chacun.

Rose Ndengue