Premier bilan d’investigation

Transmettre – Apprendre est un séminaire émanant du département Sociétés humaines et responsabilités éducatives.
Ce cycle de conférences est placé sous la direction de Marcel Gauchet, directeur de recherches à l’École des hautes études en sciences sociales, et titulaire de la Chaire du Collège des Bernardins 2010 – 2011.

Séminaire Transmettre/Apprendre – séance du 24 juin 2010

Avant les vacances d’été, Marcel Gauchet a proposé un premier bilan des cinq séminaires tenus pendant l’année ; que retenir ?

Le titre choisi pour ce séminaire « Transmettre-Apprendre » résume l’enjeu de la réflexion, celui d’une tension et d’une rupture entre ces deux notions. En effet, depuis les années soixante-dix, nous sommes passés d’une logique culturelle et pédagogique axée sur l’acte de transmettre à une logique axée sur l’acte d’apprendre. Bouleversement qui tient à un nouveau rapport au savoir qui n’est en réalité que l’aboutissement d’une évolution de très longue durée du statut du savoir moderne.

Le « savoir méthodique » invite à remettre en cause le savoir des générations passées. Pour illustrer et questionner ce premier constat, Marcel Gauchet s’était proposé de revenir sur le livre d’Ivan Illich, Une société sans école, paru en 1971 (séance n°2) : un outil d’analyse qui mériterait d’être complété, souligne-t-il.

Malgré le discrédit officiel, la transmission n’a pas disparu.

La famille, le monde de la recherche, certains univers professionnels ont ainsi été l’objet d’une étude (séance n° 3 et 4) ; tous témoignant d’un processus de transmission quand bien même elle serait officiellement condamnée. D’autres domaines comme celui des médias ou celui du passage entre le monde de l’école et le monde professionnel mériteraient aussi d’être interrogés sous l’angle de la transmission.
L’étude particulière de la transmission de la foi (séance n°5) a également été l’occasion de mettre en évidence l’essence même de la transmission : elle est don de vie.

Les cinq séances passées ont permis de mettre en évidence la nécessité de la transmission au sein de toute société humaine. Marcel Gauchet a souhaité montrer qu’elle avait une dimension ‘incompressible’.
Lors de cette séance, il a proposé de penser la transmission et la connaissance autour de quatre liens irréductibles :

  • un lien temporel : pris dans les fils du temps et d’une société, l’homme ne peut apprendre ce qu’il ignore que d’une génération antérieure (transmission de la langue et codes sociaux de base). Quelles que soient les valeurs et le rapport au savoir de cette société, l’individu doit recevoir un héritage pour faire partie d’une communauté ;
  • un lien existentiel, interpersonnel et intersubjectif : la connaissance n’est pas un objet impersonnel mais passionnel ; elle s’incarne et se partage notamment par la parole ;
  • un lien ésotérique et initiatique : tout savoir, aussi logique et rationnel soit-il pose un problème d’accès et donc un besoin d’initiation c’est-à-dire de familiarisation, de traduction, d’interprétation ;
  • enfin un lien symbolique : au travers de la transmission d’un individu à un autre se joue l’entrée d’un individu dans la communauté humaine et donc le sens de son existence : son rattachement à la chaîne des êtres.

Voilà quatre liens, quatre dimensions que Marcel Gauchet propose de réintégrer dans notre idée de l’éducation. Proposition qu’il soumet à discussion.

Écouter/télécharger le podcast de la séance.