Dominique Ottavi : mettre en lumière une doxa

Dominique Ottavi - Chaire de recherche Collège des Bernardins - Transmettre/Apprendre - Marcel GauchetVoir l’enfant comme l’auteur de ses apprentissages, voilà une idée forte qui s’est imposée dans la vision actuelle de l’éducation. Une idée qui peut être contestée mais qui mérite un détour dans l’histoire des idées et que s’est proposé de faire Dominique Ottavi.
Pour mettre en lumière les fils qui constituent cette doxa, Dominique Ottavi a souhaité revenir dans un premier temps sur l’influence du philosophe Spencer (1820-1903).
Pour le penseur Kieran Egan (1942), Spencer a joué un rôle considérable dans l’élaboration et la diffusion de cette idée forte. Il lui attribue cinq types d’influences :

  • l’idée que le curriculum des études doit se régler sur le développement psychologique, naturel de l’enfant ;
  • l’idée que la pensée naturelle quand elle n’est pas contrariée par les préjugés  se tourne vers la science (ce qui entraîne chez lui des options pédagogiques : contestation des humanités…) ;
  • l’idée que l’enseignement doit passer par le concret ;
  • l’idée, influencée par la théorie de l’Évolution, que l’enfant évolue du « simple vers le complexe » ;
  • l’idée que l’enfant ‘reparcourt’ un certain nombre d’étapes qui ont été celles que les êtres vivants ont parcouru antérieurement.

Il faudrait aussi ajouter l’idée, fortement marquée par la lecture de Rousseau, qu’il faut laisser l’enfant expérimenter à sa guise, faire peser le moins d’autorité possible sur lui.

La figure de Spencer est doublement intéressante car il articule des éléments de l’utilitarisme avec l’héritage du XVIIIe siècle et intègre les idées les plus novatrices de son époque : il représentait la modernité pédagogique.

Dans cette histoire des idées, les évolutionnistes ont eu aussi un poids important.
Ils se sont occupés de l’enfant et ont contribué à changer le regard qu’on portait sur lui et son éducation.
La théorie évolutionniste considère l’enfant comme un être autonome habité par une force vitale qui le dépasse et qui va le conduire à apprendre. Cette idée se retrouve dans L’âme de l’enfant de Wilhem Preyer et chez Darwin.
Néanmoins, le terme évolutionniste recouvre une grande diversité qu’il ne faudrait pas simplifier. La question du langage est par exemple au cœur de la pensée d’Hippolyte Taine (1828-1893) : le langage témoigne du développement intellectuel de l’enfant et l’enfant se l’approprie selon ses moyens, mais disparaît chez Darwin. Un effacement qui est quelque chose de particulièrement frappant dans l’évolution de la psychologie de l’enfant.

Dominique Ottavi a souhaité insister sur le caractère complexe et pluriel des origines de cette doxa. Les ramifications de cette opinion simplifiée sont multiples et témoignent en réalité d’une réflexion riche sur l’éducation. L’évolution de l’Institut Jean-Jacques Rousseau à Genève fondé en 1912, à l’origine destiné à être un laboratoire des pédagogies nouvelles, a finalement concouru à étouffer cette effervescence.
Selon Dominique Ottavi, cet Institut a fait passer pour des évidences ce qui n’était qu’une hypothèse, un chantier de recherches : que le processus éducatif soit centré sur l’enfant et non le contraire est devenu un mot d’ordre. La devise de l’Institut est claire : « Le maître apprend de l’enfant ».

Transmettre – Apprendre est un séminaire émanant du département Sociétés humaines et responsabilités éducatives.
Ce cycle de conférences est placé sous la direction de Marcel Gauchet, directeur de recherches à l’École des hautes études en sciences sociales, et titulaire de la Chaire du Collège des Bernardins 2010 – 2011.