Les Mardis des Bernardins – Entreprise et salariés : comment vivre ensemble les restructurations ?

Ce mardi 10 mars, les Mardis des Bernardins reprenaient leur cours après l’interruption des vacances, pour un débat organisé en collaboration avec le think tank Entreprise & Progrès. Pour cette reprise étaient réunis Frédéric Bonneton, directeur associé MCR Groupe, Michel Résséguier, président de Prospheres ainsi que le p. Baudoin Roger, codirecteur du département de recherche « Économie, Homme, Société » du Collège des Bernardins.

Une dimension négative dans l’imaginaire français

Nos invités se sont d’abord penchés sur la perception des restructurations en France. Frédéric Bonneton constatait : « si vous faites un test dans la rue, en parlant de restructurations, vous aurez une réponse négative », ce qui n’est, selon lui, pas nécessairement le cas dans les autres pays européens. Les raisons de cette perception viendraient du manque de dialogue social ainsi que de la pratique des licenciements boursiers.

S’il est évident que les restructurations menées sont nécessaires pour les entreprises, il faut se poser la question de leur ajustement, analysait Michel Résséguier, spécialiste des entreprises en grande difficulté. Quant au champ lexical que nous évoque immédiatement à l’esprit le terme de « restructuration » – licenciements, plan social… – il viendrait de ce que, en France, l’emploi est devenu un « monstre sacré » (M. Résséguier). Si les restructurations ont pour but de guérir une entreprise, comment envisager sa dimension humaine et la prendre en compte dans ce processus ?

L’entreprise comme organisme vivant

Interrogé sur la conception de l’entreprise dans la doctrine sociale de l’Église, le père Baudoin Roger a rappelé sans détour : « la première richesse de l’entreprise, ce sont les hommes ». Frédéric Bonneton a également défini l’entreprise comme un corps organique en constante transformation, qui peut croître mais aussi avoir ses propres maladies, le manque de leadership par exemple.

Il faut donc que le dialogue social se fasse au niveau de l’ensemble des salariés : M. Résséguier affirmait faire l’effort nécessaire de les rencontrer tous et de les écouter dans le cadre d’un redressement d’entreprise, après leur avoir posé la question suivante : « Si, indépendamment des conséquences sur votre vie (…), l’entreprise venait à disparaître, est-ce que vous aurez le sentiment demain qu’il manquerait quelque chose dans le monde ? » Les trois intervenants ont pu aussi revenir sur le rôle des patrons, les souffrances psychologiques qu’ils peuvent rencontrer lorsqu’ils n’ont pas le choix et que les licenciements sont nécessaires. Michel Résséguier, reprenant Frédéric Bonneton, a attiré l’attention de l’auditoire sur la confusion courante et néfaste entre responsabilité et culpabilité.

Faire sens pour construire la confiance

Comment alors vire ensemble ces restructurations dans la confiance ? Nos invités en convenaient tous : il faut construire la confiance en amont, il faut créer un dialogue social de longue date, « anticiper pour éviter en partie le choc de l’annonce de restructuration » (Frédéric Bonneton), construire l’histoire commune de l’entreprise car « la confiance prend du temps » (p. Baudoin Roger).

Quant à ceux que l’on appelle « rescapés », car ils sont bien comme les survivants d’une catastrophe il revient au leader de l’entreprise de les aider à « faire sens » et à « se l’approprier » (M. Résséguier) pour intégrer cet événement à leur histoire, même s’il est facteur de fragilisation : ce dernier point a été rappelé par une personne présente dans le public, ancienne salariée de Sanofi, à la suite du débat. Celle-ci a pu, en apportant son témoignage, compléter les perspectives du débat lors de l’échange avec le public qui suit la rencontre télévisée, selon la coutume des Mardis des Bernardins.