Mardi des Bernardins – Défier la crise : innovations sociales dans l’entreprise

Intervenants :
Aurélien Acquier, professeur associé au Département Stratégie, Hommes et organisation de l’ESCP Europe, chercheur associé à l’Ecole des Mines de Paris ;
Jean-Paul Bouchet, secrétaire général de la CFDT Cadres ;
Olivier Dubigeon, président fondateur de Sustainway, cabinet de conseil en développement du « levier sociétal », auteur de « La 4ème révolution sera sociétale » ;
Sophie Keller, entrepreneur, économiste et experte à l’Institut de l’Innovation et de l’entrepreneuriat de l’ESSEC, Co-auteur de « L’Economie qu’on aime ».

Entre une croissance atone et un chômage de masse, les Français sont tentés de baisser les bras. Ils innoveront une fois la croissance revenue, pour l’instant, ils prennent leur mal en patience. Attitude absurde selon nos quatre intervenants qui eux sont convaincus qu’il y a des solutions valables à cette crise, pas si indestructible que cela. Et notamment à travers l’innovation sociale.

Celle-ci est double. Il y a celle que les clients sont prêts à acheter et qui apporte une solution à un problème. La Logan par exemple, automobile économique créée par Renault, était destinée à l’origine aux marchés émergents où la population avait un pouvoir d’achat inférieur à celui des pays développés. Avec l’arrivée de la crise, la voiture a peu à peu conquis les consommateurs des pays plus riches et est devenue très populaire. Le deuxième pan de l’innovation est responsable et  fait attention à ce que celle-ci enrichisse notre patrimoine commun, la biosphère, les hommes, les femmes.

Un exemple de grande innovation sociale est la Grameen Bank, première institution de microcrédit créé par Muhammed Yunus en 2006. Cet économiste a raisonné en entrepreneur autour des problèmes sociaux qui sévissaient en Inde. Dans les bidonvilles, le taux de crédit était bien plus élevé que celui des classes moyennes. L’accès au marché de la finance est important pour toutes les couches de populations, il était donc capital d’y laisser entrer les habitants des bidonvilles. Yunus a trouvé un schéma entrepreneurial en dehors des systèmes institués. C’est la ligne de conduite que nous devons adopter aujourd’hui pour déjouer la crise. Car derrière une vision étriquée de l’entreprise, il y a des gens dont le pouvoir de transformation est sous-estimé. Ces gens-là innovent parce qu’un territoire leur tient à cœur et qu’ils ont envie de tester de nouveaux modes de développement. L’appréhension de l’écosystème est indispensable dans l’innovation sociale. Le mettre en valeur, essayer de développer ses richesses, est bien plus productif pour l’économie que d’essayer de le contrôler. L’entrepreneur doit tirer parti de son environnement et des gens qui l’occupent. La délocalisation n’est pas une fatalité, les personnes les plus fragiles ne sont pas inemployables. La coopération peut être une voie de richesse contrairement à un système concurrentiel.

En effet, il y a une notion de collaboration et d’entraide dans l’innovation sociale. Des foules peuvent se réunir aux quatre coins de la terre pour financer des projets qui les intéressent et qui leur parlent. On envisage de nouveaux partenariats, on crée de la consommation et de la production collaboratives. C’est exactement ce qu’a fait l’entreprise Blablacar, plateforme de covoiturage qui a révolutionné les transports. Si le covoiturage a toujours existé, Blablacar l’a rendu pratique et donc extrêmement attractif.

Ecrire des livres, rencontrer des entrepreneurs, créer des partenariats…  Tant de solutions qui fonctionnent et qui ont le pouvoir de résorber peu à peu la crise. Si tout le monde n’écoutait que les médias et les économistes, nous serions en train de désespérer. Il y a un décalage entre ce qu’on voit déjà dans les territoires en France et ce qu’on entend. C’est un message d’espoir extrêmement positif et vrai lorsque l’on voit toutes les réalisations concrètes que nos invités nous ont exposées.

L’équipe des Mardis