Marcel Gauchet : une anthroposociologie transcendantale

Marcel Gauchet

Marcel Gauchet

Marcel Gauchet fait partie de ces rares penseurs qui sont parvenus à fonder un système philosophique original, fondé sur une vision unifiée et cohérente de l’histoire humaine. Il y a bel et bien une anthropologie « gauchetienne » – au sens d’une vision du monde, de l’homme et de l’histoire universelle – qui se dégage de ses livres. Tel est le sujet de notre colloque qui aura lieu le vendredi 14 et samedi 15 octobre 2011. Personnellement j’attends beaucoup des échanges entre les différents invités et avec Marcel Gauchet lui-même.

Sa thèse de la « sortie de la religion »

On peut bien sûr discuter, voire réfuter, les thèses de Marcel Gauchet, en particulier sa fameuse thèse de la « sortie de la religion » exposée dans Le Désenchantement du monde, son livre séminal paru en 1985. Mais si on peut discuter son œuvre, c’est précisément parce qu’il y a quelque chose à discuter ! Ce n’est pas si fréquent.
Lorsque je suivais son séminaire, Marcel racontait cette anecdote très révélatrice :

« Parmi les penseurs, 10% sont dans le vrai, 10% sont dans le faux, et 80% n’ont même pas faux ! »

Il voulait dire par là qu’il existe peu de penseurs dont l’œuvre pose un problème intéressant. Par exemple, Marcel Gauchet estime qu’Heidegger a tout faux philosophiquement et politiquement, mais qu’il reste à coup sûr l’un des plus grands auteurs du XXe siècle.

Pour ma part, je ne sais pas si Gauchet est dans le « vrai » ou dans le « faux », mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il n’appartient pas à la majorité des « même pas faux ». Dans ses livres et ses articles, il avance des idées et des arguments très forts qui bousculent notre représentation spontanée du monde et nos schémas préconçus. C’est le propre des grandes œuvres.
Enfin, la réflexion de Marcel Gauchet ne se situe pas dans une stratosphère éloignée des préoccupations du commun des mortels. Sa grande force, c’est précisément de combiner l’analyse du monde contemporain et l’étude des processus de très longue durée.

Gauchet use aussi bien du microscope que du macroscope, rattachant toujours l’histoire immédiate à l’histoire universelle. Ainsi, il insuffle une profondeur historique et anthropologique au commentaire de l’actualité. C’est, il me semble, un point essentiel de sa méthode : l’analyse de la politique et de l’histoire en train de se faire ne peut faire l’économie d’une vision du monde et de l’homme inscrite dans le temps long.


Père Frédéric LOUZEAU, Président de la Faculté… par college-des-bernardins

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