Mardi des Bernardins – La morale dans les affaires : un vœu pieux ?

A l’occasion de la 13ème édition des Entretiens de Valpré, les Mardis des Bernardins se demandaient dans quelle mesure les affaires pouvaient-être morales. La culture française voit d’un mauvais œil le profit, et l’éthique est souvent perçue comme un atour dont se parent les affaires pour mieux parvenir à leurs fins. A chaque crise, on montre du doigt la corruption et l’avidité des entreprises. Qu’en est-il ? Le monde des affaires est-il moral ? Et s’il ne l’est pas, comment peut-il évoluer ?

 Le monde des affaires a ses propres codes normatifs qui ne sont pas nécessairement ceux de la morale. Pierre-Henri de Menthon, rédacteur en chef de Challenges qui animait le débat, a cité le philosophe André Comte-Sponville pour qui le capitalisme est amoral, non pas immoral. La dichotomie Bien/Mal échappe au monde des affaires qui est normé par l’efficience. Mandela avait reproché aux entreprises qui s’étaient retirées de l’Afrique du Sud pendant l’Apartheid d’avoir compromis l’avenir politique et économique du pays en appliquant des jugements moraux.

 De même, le juge Jean-Baptiste Parlos a rappelé qu’un homme de droit ne dit pas ce qui est moral mais ce qui est légal. Le droit n’est pas la morale, même si elle le fonde. Il ne lutte pas contre la délinquance financière parce qu’elle est mauvaise, mais parce qu’elle est illégale. Cependant, il a souligné une évolution récente sur cette question. A la fin des années 1990 a émergé un consensus entre le monde des affaires et les acteurs publics quant à la necessité de règles pour protéger l’économie, notamment contre ses propres dérives. Ainsi, il admet que son office consiste à juger l’illégalité et l’immoralité.

 Le débat a également exploré l’impact de la dégradation du rapport entre l’humain et son travail sur la morale dans les affaires. Comment parler d’éthique des affaires quand des employés se suicident sur leur lieu de travail, devant leurs collègues ? Selon le Docteur Dejours, la transformation de l’organisation du travail et les exigences de productivité amènent parfois les employés à exécuter des consignes qu’ils réprouvent, s’enfermant dans une situation de souffrance éthique. Il s’est empressé de rappeler que le travail a aussi un potentiel constructeur formidable pour l’homme.

 Penser la morale dans les affaires, c’est aussi penser le cadre d’un management moral. Tous s’accordaient à faire de la confiance le meilleur atout d’une entreprise en la matière. Pour l’Amiral Lajous, les chefs d’entreprise se doivent d’être exemplaires : « Quand la tête du poisson est pourri, tout est pourri. » Un management moral est un management bienveillant, qui récompense l’implication plutôt que la performance. Le Docteur Dejours décrit plutôt une confiance qui se construit par le bas, par l’application de tous de règles de travail communes. Les deux intervenants se rejoignaient sur la force fédératrice de la discipline. Pour Bruno Keller, un management moral est un management qui envisage sa responsabilité de manière globale et durable.

L’Equipe des Mardis