Le don d’organes : quelle actualité, quelles questions ?

« La table ronde qui a eu lieu mardi 20 mars aux Bernardins, concernant l’actualité du don d’organes fut très riche, et a montré la complexité des approches et des questions posées par cette technique. 4708 greffes ont eu lieu en 2010, et 15000 personnes étaient en liste d’attente.

Olga et Christian Baudelot, racontent leur parcours dans Une promenade de santé (2008, Stock). Leur ouvrage retrace l’histoire d’un don entre vivants, celui du rein que Christian donna à son épouse. Ils insistent sur la réaction première et non réfléchie qui pousse le proche à donner pour soulager celui ou celle qui est malade. « Nous n’en avions pas entendu parler, et c’est dommage ». Le confort de la vie d’une personne greffée n’a rien à voir avec la dialyse et ses contraintes.

Louis Puybasset, anesthésiste réanimateur à la Pitié-Salpêtrière, responsable du comité d’éthique de la Société Française d’Anesthésie et de Réanimation, rappelle les différents types de prélèvements d’organe. Il est confronté aux personnes en état de mort encéphalique, le plus souvent des personnes jeunes victimes d’accidents. Tout le travail des équipes soignantes consistent à être présentes auprès des familles afin de recueillir leur accord. Cette décision est moins douloureuse et difficile (que ce soit un accord ou un refus) si les familles savent ce qu’aurait souhaité leur parent. Le docteur Puybasset remarque par ailleurs que si les relations ont été bonnes dans le service, les familles ont plus de faciliter à accepter le prélèvement. Il est marqué par la générosité des personnes dans ces situations.

Dominique Folscheid, philosophe et codirecteur du département de recherche
« Éthique biomédicale » au Collège des Bernardins, rappelle que l’enjeu est le statut du corps, lequel peut être envisagé de deux façons, le corps organique dans sa matérialité (le corps que j’ai), et le corps investi (le corps que je suis). Or, ce dernier échappe, il n’est pas un stock d’organes. C’est pourquoi on parle de don et non de donation, puisque l’organe n’est pas une chose. Aussi, accepter un organe, c’est toujours être en dette, d’une dette insolvable, que l’on ne peut payer, puisque la vie n’a pas de prix. C’est aussi pour cela que dans les pays où la législation est moins précise que dans le nôtre, des pressions peuvent être exercées sur d’éventuels donneurs. »