Mardi des Bernardins – La République a-t-elle oublié son école ?

C’est le premier budget de l’Etat et pourtant les faits sont là : l’institution est dans l’impasse. Nos intervenants ont donc tenté de pointer du doigt les causes de la dégradation du système scolaire en France et les voies de son amélioration.

Le débat public est envahi de notions telles que l’égalité des chances, la promotion sociale, les valeurs de la République. Tous brandissent ces étendards si bien que l’on a cessé de s’interroger sur leur sens. En introduction du débat, Bernard Hugonnier a souligné que les valeurs républicaines à l’école étaient fragilisées. Il a rappelé les propos de Vincent Peillon, ancien ministre de l’éducation : non seulement l’école ne réduit plus les inégalités, mais encore les perpétue et les aggrave.

Monique Aquilina et Bernard Hugonnier ont tous deux souhaité nuancer la situation : le tableau n’est pas complètement noir. Certains points permettent d’espérer ; mais c’est sur la question de l’équité que le bât blesse : comme l’a souligné le dernier rapport PISA, la France est la plus mauvaise de l’OCDE en la matière, car le milieu social influence le plus fortement les performances scolaires. Ce rapport a également montré que l’enseignement français est excessivement théorique et déductif.

Monique Aquilina a insisté sur le rôle central des enseignants. Actuellement infantilisés, ils renoncent à innover pour mieux adapter leur pédagogie à leurs élèves. C’est pourtant entre leurs mains que se trouvent les leviers les plus puissants pour l’amélioration du système. Or ils renoncent à exploiter la marge de manœuvre dont ils disposent. Ainsi, tous les moyens financiers ne suffiront pas à renouveler les méthodes qui échouent. Fernand Girard invite à repenser l’identité professionnelle des enseignants dont la qualité principale n’est pas tant la compétence disciplinaire que la méthode de transmission.

Fernand Girard déplore un système qui ne reconnait qu’une élite, celle issue des grandes écoles. Il faut ouvrir la notion d’excellence : il y a une élite des boulangers, comme il y a une élite des ingénieurs. Il propose de tout qualifier au lieu de sous-qualifier», pour stimuler l’innovation. C’est un défi majeur dont dépend l’avenir du système éducatif que de parvenir à remplacer la sélection par l’orientation.

Les intervenants ont exploré la difficile question de l’innovation dans l’éducation. Comme Monique Aquilina l’a rappelé, l’école est a priori une institution très conservatrice : sa mission est de perpétuer et de préserver un corpus de connaissances au sein de la société. Pour autant, il faut à présent tout changer pour que tout reste comme avant : si le système ne prend pas acte de ses défauts pour se renouveler, il court à sa perte. L’échec des élèves est l’échec du système. Or en s’abritant derrière une mauvaise interprétation du principe d’égalité républicaine, on se prive d’expérimenter. C’est notamment un enjeu capital que de parvenir à faire de la notation un instrument de progression plutôt que de sanction. Au lieu de placer le curseur au niveau d’une certaine élite minoritaire, il faut que les notes permettent à chaque élève de progresser dans la voie qui lui corresponde le mieux.

L’équipe des Mardis