La biologie à l’école est-elle instrumentalisée ?

Rarement abordée avant 2011, la question du genre à l’école a été beaucoup discutée depuis. Il y a trois ans, les programmes de biologie de premières L et ES ont été complétés par un chapitre sur l’identité sexuelle intitulé « Devenir homme ou femme », qui avait donné lieu à de nombreuses protestations. Cette modification des cours de biologie est aujourd’hui encore critiquée. Depuis quelques semaines, l’ABCD de l’égalité relance le débat. Cet outil a été mis en place dans les écoles à la rentrée 2013 par les Ministères de l’Education Nationale et des Droits des Femmes pour lutter contre les inégalités homme-femme. Une polémique a éclaté fin janvier 2014 alimentée par des rumeurs diffusées par SMS et dans les réseaux sociaux qui appelaient à un boycott des cours. Les détracteurs de l’ABCD de l’égalité accusent ce nouveau programme de conduire à terme à une négation des sexes. Ces événements récents nous amènent à nous interroger sur le rôle de l’école. Son but est-il d’instruire ou d’éduquer ? La théorie du genre doit-elle être enseignée à l’école ou est-ce le rôle des parents d’en parler à leurs enfants ? Son apprentissage est-il néfaste au développement de l’enfant ? Retour sur une polémique au cœur de l’actualité.

Comprendre que le sexe biologique peut être différent du sexe social est déjà complexe pour un adulte, qu’en est-il pour des enfants d’école primaire ? Ne sont-ils pas trop jeunes pour intégrer le concept de genre ? L’ABCD de l’égalité vise à déconstruire un discours stéréotypé sur les hommes et les femmes. A l’heure où les enfants ont besoin d’enraciner leur identité à partir de leur corps, ce programme risque de les égarer. S’ils ne savent pas où ils vont, un doute planera sur la manière dont ils se construisent. Il ne faut pas affirmer aux enfants qu’ils ont le choix d’être un homme ou une femme car les inadéquations entre le sexe et le psychisme sont source de très grandes souffrances. Parler du sexe en dehors du biologique est possible, mais est très compliqué dans les faits. Aborder cette question auprès des adolescents n’est pas non plus une bonne idée. Cette période de la vie est faite de tâtonnements, d’incompréhensions et de mal-être, signaler l’existence d’une identité sexuelle différente du sexe biologique pourrait les troubler encore plus.

Soyons cependant vigilants, l’ABCD de l’égalité n’a pas pour but d’uniformiser la population et d’abolir les différences entre les sexes. Il n’aspire qu’à réduire les inégalités homme-femme qui subsistent encore aujourd’hui et donner aux enfants des clés pour qu’ils s’épanouissent. Pendant les cours, les professeurs encouragent inconsciemment les stéréotypes fille-garçon en incitant les filles à jouer à des jeux calmes tout en considérant l’agitation des garçons comme normale, par exemple. C’est pourquoi l’ABCD de l’égalité a mis en place des journées de formation pour les professeurs de façon à ce qu’ils orientent leurs cours vers une égalité fille-garçon. Il faut garder en tête qu’une partie de l’identité sexuelle est construite culturellement. Pourquoi le football est-il réservé aux garçons en Europe alors que ce sont les filles qui y jouent aux Etats-Unis ? On a naturalisé le culturel. En enseignant aux enfants le genre, on leur montre que les filles et les garçons ne sont pas enfermés dans un cliché et qu’ils peuvent être ceux qu’ils ont envie d’être. En aucun cas la différence entre les sexes est abolie.

 

Pour qu’il y ait de réelles avancées sur le sujet, il faudrait toutefois entamer une discussion plus apaisée. Aujourd’hui le débat est brutal, notre société se trouve dans un climat particulier d’inquiétude, elle est en pleine transformation. Entre les nombreuses manifestations contre et pour le mariage pour tous, les débats sur les programmes de biologie des premières L et ES et la mise en place de l’ABCD de l’égalité, cette question du genre s’est politisée. Pour qu’il soit constructif, ce débat sur l’enseignement du genre à l’école doit devenir apolitique.

L’équipe des Mardis