Dialogue interreligieux : où en sommes-nous au Collège des Bernardins ?

Alors que s’achève la troisième année de programmation et de recherche après l’inauguration du Collège et le discours de Benoît XVI, où en sommes-nous sur le dialogue interreligieux ?
Ce sujet attire l’attention, il rencontre des craintes et mobilise des espérances. Quels repères donner à l’action et à la réflexion menées jusqu’ici ? Quelles sont les perspectives et les projets d’avenir ?

Dialogue inter-religieux : inscrit dans la foi catholique

Bâtissant sur l’héritage de l’École Cathédrale, qui est en son cœur, le Collège a fortifié depuis trois ans son engagement dans l’étude du judaïsme. La théologie elle-même le demande puisque, selon le mot de Jean-Paul II, le dialogue avec nos frères aînés est intérieur à la foi catholique.
La Bible comporte pour nous deux parties inséparables : tous les écrits bibliques reçus de la tradition juive, avec leurs parties et leurs langues d’origine, ont été accueillis par la première Église. Ils sont lus, par tous les chrétiens, avec les livres de la nouvelle Alliance comme une seule Parole de Dieu. En conséquence, l’étude de la Bible juive selon sa lettre et selon l’interprétation qu’en donne la tradition vivante d’Israël au long des siècles, fait partie du programme de l’étude théologique. Il en constitue le cœur, comme c’était le cas pour Jésus et les Apôtres, et pour ceux qui, d’Israël et des Nations, entendent au long des âges leur message et lui donnent leur foi.

Dans la Faculté de théologie Notre-Dame comme dans toutes les autres sections de l’École Cathédrale, et d’abord dans la section d’études juives, en partenariat avec le SIDIC-Paris, des chrétiens et des juifs écoutent et enseignent ensemble la Bible, ancien et nouveau Testament, dans le respect de ce qui nous unit et nous sépare. Des parcours diplômant sont désormais proposés.

Crédit photo : Deligne - LaCroix.com

Une recherche théologique accentuée sur le judaïsme…

Le Pôle Recherche propose un pas de plus en organisant une recherche commune, chercheurs juifs et chrétiens ensemble, dans la durée. Le premier thème retenu est justement celui de « l’altérité ». Il est au cœur de notre relation et de notre vocation.
Cette recherche fait l’objet d’un partenariat associant le Collège des Bernardins à l’Institut Universitaire Elie Wiesel de Paris. Elle est animée par Franklin Rausky, Thierry Vernet et Rafic Nahra. Le colloque qui en présentera les fruits au public aura lieu les 28 et 29 novembre 2011.

Bien sûr cet investissement théologique de fond, met notre relation avec nos frères aînés et nos pères dans un lieu spécifique du dialogue interreligieux. Il s’agit du lien de l’Église à sa racine, ou plutôt, pour reprendre la parabole de saint Paul, il s’agit du lien des branches prélevées sur l’olivier sauvage des Païens à l’olivier franc d’Israël, sur lequel ils ont été greffés dans le Christ Jésus. La nouveauté du Christ n’abolit pas ce lien.

… mais aussi avec le monde musulman.

Le dialogue interreligieux concerne aussi au Collège, depuis l’origine, les penseurs et les acteurs de l’islam, religieux ou culturel, auquel il est possible de s’associer. Une réflexion et une fraternité sont à bâtir entre nous. Ce qui nous rassemble est beaucoup plus grand que ce qui nous sépare si nous prenons pour mesure la diversité du monde et de ses traditions religieuses et spirituelles : Chine, Inde, Afrique, Terres australes…
Comme le disait récemment au Collège des Bernardins l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou dans une soirée qui lui était consacrée :« si le ciel nous divise, la terre nous rassemble ».

Magnifique soirée où deux pasteurs, un musulman et un catholique, le Père Marc Lambret donnant la réplique à Tareq Oubrou, ont échangé pendant plus d’une heure sur leurs responsabilités spirituelles et civiques dans leurs communautés respectives. Moment de fraternité par le haut.
Cela reste bien fragile dans notre société bouleversée, mais plus si rare. D’ailleurs une équipe de recherche mixte, menée par Jacques Huntzinger, a travaillé en ce sens au Collège des Bernardins cette année, dans la discrétion, et rendra publique l’an prochain les fruits de sa recherche par une publication et des événements destinés à tous.