De l’audace de la sagesse à la sagesse de l’audace

Le Collège des Bernardins a été fondé sur une idée simple : la sagesse chrétienne est une ressource trop précieuse pour rester dans les tiroirs de la tradition et des bibliothèques de théologie : elle doit être discutée et partagée par tous. Cette sagesse n’est pas une vérité infuse dont les chrétiens seraient les détenteurs par droit de naissance ou plutôt de baptême. Elle se constitue et se renouvelle d’âge en âge dans une écoute et un dialogue entre la révélation biblique et les entreprises des générations humaines.

Proposer une sagesse est déjà une audace tant notre époque semble avoir oublié ce concept essentiel pour nos Anciens. Les Grecs en faisaient le cœur de leur espérance. Leurs penseurs ne s’appelèrent pas « philosophes » par hasard. Aux « théologiens », l’art de la parole divine, principalement magique, dans le contexte du paganisme, aux philosophes, amis de la sagesse selon l’étymologie, l’art de la parole humaine, en quête de raison.

Les Juifs, dès l’Antiquité, raisonnaient différemment. En raison du monothéisme, ils placèrent la source de la sagesse en Dieu, réconciliant dès l’origine foi et raison.

« Le principe de la sagesse, c’est la crainte de Dieu » (Siracide 1), entendez : l’amour de Dieu.

La raison humaine en quête de vérité s’attache dans la Bible à confronter l’expérience du monde et de l’histoire avec la Parole divine, le Verbe divin, qui l’éclaire les cœurs de l’intérieur et les oriente par une promesse :

« Sois parfait ! Ta récompense sera grande… En ta descendance, toutes les nations seront bénies » (Genèse 17 et 22).

La sagesse juive est déjà la rencontre du besoin de croire et du désir de savoir.

Chinois et peuples de l’Asie, Africains, peuples de l’Amérique : les civilisations anciennes se guident par une sagesse, à la fois art de vivre et loi de vie. La sagesse est une lumière spirituelle pour guider les pas de l’individu, des familles et des peuples sur les chemins d’une vie accomplie.

source : samizdat

Les Modernes, en particulier Européens, ont placé leur espoir dans la science et les techniques qu’elle permet de développer. La science est l’art d’objectiver le monde pour le mesurer, le posséder afin de le dominer. Elle donne une connaissance qui peut accroître la sagesse et le bien-être. Qui le contesterait ? Mais elle est aveugle par construction à la question des questions : dans quel but ? Pour quel bien ? La science ignore cette rationalité éthique et spirituelle qui choisit de s’interdire des actes, même désirables, parce qu’ils défigurent l’humanité.
La science est connaissance et pouvoir : elle accroît l’autonomie humaine et nos moyens de vivre. Elle dissipe des illusions nocives et fait apparaître des tâches aveugles dans nos connaissances. Elle est pour beaucoup dans la naissance et la croissance de la démocratie moderne. Mais elle est aussi volonté de puissance et capacité de destruction que la sagesse doit régler.

Proposer la sagesse chrétienne est donc une audace nécessaire.

Les Bernardins sont un projet audacieux, ou ils ne sont pas. Ils ne proposent aucune nostalgie, mais l’audace presque folle de bâtir, ensemble, un nouvel humanisme qui met en dialogue les sciences modernes et la quête de sagesse pour éclairer les questions très techniques d’aujourd’hui par la question qui nous importe à tous :

« Qu’est-ce que l’homme pour que Tu t’en souviennes ? Le fils de l’homme pour que Tu penses à lui ? À peine le fis-tu moindre qu’un dieu. Tu mets toutes choses à ses pieds » (Psaume 8).