Georges Bernanos, ou le non-conformisme de la foi – Les Mardis des Bernardins

Georges Bernanos, écrivain dit de la Sainteté, a de quoi interpeller. Membre de l’Action française un temps, condamné à mort par le général Franco, puis exilé au fin fond de la campagne brésilienne… Bernanos n’est décidément pas un auteur comme les autres. Passionnément catholique, monarchiste et français, il sait pourtant se méfier des institutions et prône au-delà de toute étiquette un engagement qui n’a de valeur que devant l’Evangile.
*** 

Le 13 octobre dernier, les Mardis des Bernardins vous proposaient, à l’occasion de la réédition complète des œuvres romanesques de Georges Bernanos dans la collection Bibliothèque de la Pléiade, de redécouvrir à l’aune de notre XXIe siècle cet écrivain du sacré. François Angelier, producteur de l’émission Mauvais genres sur France Culture, Gilles Bernanos, président de l’Association internationale des amis de Georges Bernanos, et Claire Daudin, auteur de Dieu a-t-il besoin de l’écrivain ? Péguy, Bernanos, Mauriac ont ainsi accepté de rejoindre notre table ronde afin d’éclairer cet auteur bien difficile à cerner. S’il se revendique ouvertement monarchiste, catholique et français, Georges Bernanos ne cesse en effet de zigzaguer entre les différentes étiquettes que l’on aimerait lui apposer. Qu’est-ce qui fait alors l’unité et la cohérence du pourtant célèbre « engagement » bernanosien ?

La haine du « médiocre »

« L’imbécile est d’abord un être d’habitude et de parti pris. Arraché à son milieu il garde, entre ses deux valves étroitement closes, l’eau du lagon qui l’a nourri. Mais la vie moderne ne transporte pas seulement les imbéciles d’un lieu à un autre, elle les brasse avec une sorte de fureur » écrit Georges Bernanos dans Les Grands Cimetières sous la lune. L’imbécile pour Bernanos, c’est cette personne qui a arrêté de penser par elle-même, qui a choisi, consciemment ou non, volontairement ou non, de déléguer le moteur de ses actions à autrui. En d’autres termes, c’est une personne engluée dans un conformisme ambiant. Bernanos a des pages très virulentes, voire même parfois assassines, envers cette gent conformiste. L’imbécile est celui qui reste dans sa médiocrité sans même s’apercevoir qu’il passe ainsi à côté de la sainteté. C’est ce qui lui fait écrire, toujours dans Les Grands cimetières sous la lune : « L’idée de grandeur n’a jamais rassuré la conscience des imbéciles. La grandeur est un perpétuel dépassement, et les médiocres ne disposent probablement d’aucune image qui leur permette de se représenter son irrésistible élan (c’est pourquoi ils ne la conçoivent que morte et comme pétrifiée, dans l’immobilité de l’Histoire). »  Lire la suite…

La « robolution », nouvel asservissement du numérique ? – Retour réflexif sur un Mardi des Bernardins

Le 6 octobre dernier, les Mardis des Bernardins se sont donné pour objectif de saisir les mutations, effectives et non fantasmées, provoquées par les avancées de la robotique tant sur le marché de l’emploi que sur notre vision du travail en général. Vous trouverez le compte-rendu de cette table ronde sur le blog de France Culture + ou celui de Mais où va le web ?. Si durant le débat nos quatre intervenants ont bien mis en évidence le fait que la robotisation de la société entrainait de nouvelles manières de faire, il m’a semblé intéressant de revenir plus précisément sur les modalités de ces dernières : délivré des travaux les plus pénibles, qu’est-ce qui empêcherait l’homme de retomber, à terme, dans un état proche de la diabolique dialectique du maître et de l’esclave hégélienne, c’est-à-dire dans une dépendance irrémédiable vis-à-vis des systèmes robotisés ? C’est cette piste que je voudrais explorer dès à présent.  

***

Comme le souligne d’emblée Catherine Simon, présidente d’Innorobo, lors de l’ouverture de notre table ronde du 6 octobre dernier : notre vision de la robotique est biaisée par toute forme de fantasmes. Du robot destructeur au robot de compagnie, le robot reste pourtant un assemblage, certes potentiellement complexe, de seulement trois éléments que pourrait condenser la triade « capteurs/processeur/actionneurs ». C’est précisément cette dernière qui permet à tout système robotisé de recevoir des informations, de les traiter et d’accomplir en dernière instance une action concrète sur le monde réel. Un cahier des charges bien pensé et une certaine dose de technicité peut donc effectivement faire du robot un allié sans précédent. Allié… ou plutôt esclave ? Lire la suite…

Le numérique à l’école, réforme ou révolution? – Retour réflexif sur un Mardi des Bernardins

Permettez-moi un billet peu commun. La semaine dernière dans le cadre de nos Mardis des Bernardins nous explorions l’impact des différentes mutations  numériques sur le système scolaire français. Vous trouverez le compte-rendu de ce débat sur le blog de France Culture + et l’émission intégrale ci-dessous. Lors de cette soirée, les interventions de Pierre Giorgini, auteur de La Transition Fulgurante (Bayard, 2014) m’ont furieusement rappelé le court texte de Gilles Deleuze « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », texte pour le moins étonnant publié en 1990 dans lequel Deleuze pressent déjà un changement profond de société en lien avec l’arrivée massive du numérique. C’est donc à partir de cette réflexion que j’aimerais à présent penser l’actuelle institution scolaire à l’heure du numérique.

 ***

En 1975, Foucault identifiait l’école comme une « institution disciplinaire », c’est-à-dire comme un lieu participant à la mise au travail industriel de la population via un « dispositif de pouvoir » élaboré à partir de la prévisibilité des individus. Néanmoins, force est de constater que depuis les années 1980, l’intégration massive du numérique dans les différents secteurs de notre société contribue durablement au changement de ce paradigme : l’usine est remplacée par l’entreprise, les données prennent le pas sur les statistiques… Dans ce contexte, que devient l’école ? L’intégration du numérique à cette institution n’est-il qu’une simple réforme supplémentaire, c’est-à-dire finalement qu’une modification à la marge du système scolaire, ou au contraire la marque d’une réelle révolution sociétale qui nécessite un changement structurel des institutions en place ? Dans son opuscule « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », Deleuze lance une piste de réflexion qui me parait extrêmement stimulante, à savoir que le numérique propose de nouveaux « paradigmes », pour reprendre une notion chère à Kuhn, qui permettraient de saisir les caractéristiques d’une nouvelle forme de société. C’est cette piste que j’aimerais approfondir dès à présent afin de saisir dans son ensemble l’enjeu de ce que l’on appelle communément la « crise de l’école ».

Lire la suite…