Le Secret professionnel a-t-il toujours un sens ?

Le développement des nouvelles technologies et le désir grandissant de transparence chez les individus mettent-ils en danger l’avenir du secret professionnel ? L’affaire récente Sarkozy-Herzog sur les écoutes téléphoniques montre que cette problématique est au cœur de l’actualité. Quel rôle joue réellement le secret professionnel dans notre société ? Pourrait-on envisager sa suppression ? C’est à ces questions que nos intervenants ont tenté de répondre.

La mise sur écoute de l’ancien Président de la République et de son avocat a soulevé de nombreuses réactions au sein du monde de la justice qui a dénoncé des atteintes graves au secret professionnel. Cette affaire révèle une situation dans laquelle la technique rend possible des savoirs. Cette recollection d’informations, qui n’était pas faisable il y a quelques années, fragilise le secret professionnel. Le cas des écoutes téléphoniques est un exemple parmi d’autres du manque de respect du secret professionnel dans notre société. Raconter sa vie personnelle sur les réseaux sociaux est devenu naturel dans le monde d’aujourd’hui où le secret est mal vu et considéré comme suspect.

Si la recherche de transparence est un fait, elle n’est paradoxalement pas opposée au secret. L’essence même et la raison d’être du secret professionnel ne sont pas de protéger celui qui se confie mais bien de protéger celui qui se confie en raison de la contenance attachée à ce secret professionnel. Le secret professionnel ne dissimule pas les choses, au contraire, il permet de les dévoiler. Lorsque l’on se confesse, le but est de ne pas recommencer ce que l’on vient d’avouer. Quelqu’un qui a doit essayer d’arrêter de voler. Le secret de la confession ne vise pas à occulter quelque chose ou entretenir un déni, mais à aider un comportement social. Le secret n’est pas l’ennemi de la vérité, il permet la parole. Dans les prisons, c’est le secret de la confession qui encourage le prisonnier à décharger sa conscience  car celui-ci est certain que ce qu’il dira restera secret. Les directeurs de prison savent pertinemment qu’ils n’auront pas accès aux confidences des détenus si ces derniers bénéficient du secret de la confession. Malgré cela, ils encouragent la venue des prêtres. Parler apaise les prisonniers et, par conséquent, l’atmosphère des maisons d’arrêt. De même, il n’y aurait pas de justice –ou de médecine – sans secret. Indispensable à l’existence de certaines professions, voire à la dignité de l’exercice de celles-ci, le secret professionnel n’est donc pas véritablement en danger. Il ne l’est d’autant moins qu’il est lié à la nature humaine. Les individus ont un besoin naturel de se confier et il est impossible de changer cela. Très ancien – le serment d’Hippocrate existe depuis le IVème siècle avant JC – le secret professionnel a déjà été plusieurs fois menacé au cours de l’histoire et pourtant il existe encore aujourd’hui.

Si le secret professionnel n’est pas prêt d’être supprimé, c’est le secret non professionnel qui tend à disparaître. Le secret intime est remis en cause tant et si bien que les individus sont de plus en plus tentés de le professionnaliser.

L’équipe des Mardis

L’information libérée des faits

La tragique disparition du vol MH 370 de Malaysia Airlines  invite à s’interroger sur le rôle des médias. La fonction d’information dont ils se prévalent n’est-elle pas souvent seconde par rapport à une autre tache, souvent prioritaire, celle de l’accompagnement d’un public confronté aux inconnues des réalités extérieures et de l’actualité ?

Plus d’un mois après la disparition de l’avion, le 8 mars 2014, les seuls faits concrets, encore à confirmer, sont depuis le 7 avril de possibles signaux émis dans un lieu encore très incertain, au sud de l’Océan Indien, par les « boites noires » de l’appareil.

Pendant plus de deux semaines cette absence de faits concrets n’a pas empêché, l’événement de tenir une large place dans les médias du monde entier. D’innombrables hypothèses, spéculations et rumeurs ont été diffusées. De savants experts les ont commentées à satiété. L’absence de faits réels n’a en aucune façon freiné la logorrhée médiatique, bien loin  de la théorie de la presse moderne qui définit la « nouvelle » comme un fait, un événement ou une prise de position de caractère inédit, original, si possible rare et surprenant qu’un traitement journalistique transforme en « information », après application de règles professionnelles, telle que vérification, mise en situation et rédaction d’un récit aussi complet que possible. Lire la suite…

Eloge de la lenteur

Il y a quelques années, Peter Handke publiait un beau livre qui faisait l’éloge de la lenteur. Il avait bien perçu à quel point l’accélération apparente du flux de tout ce qui compose la vie quotidienne et la suite des jours changeait la donne. Il n’y a pas de domaine où cette évolution ne soit plus marquée que dans celui de l’information et de l’univers médiatique. La masse d’informations disponibles à tout instant, la rapidité de la succession des nouvelles, la réactivité instantanée à celles-ci au travers des réseaux sociaux, autant de facteurs qui configurent un nouvel environnement pour chacun.

 Maitriser cet afflux est un défi au quotidien : garder ses repères, prendre la bonne distance, conserver sa capacité de hiérarchiser et d’évaluer, devient essentiel. Une démocratie vivante a un besoin essentiel de citoyens bien informés.

 On voit bien là combien le risque d’appauvrissement de celle-ci est grand : isolement du citoyen, passivité, attrait des populismes sont autant de menaces directes. Ces dérives se constatent tous les jours. Lire la suite…