Pourquoi les sanctions contre la Russie sont-elles indispensables pour retrouver le chemin de la paix ?

L’opinion publique internationale est partagée sur la question des causes du conflit entre la Russie et l’Ukraine qui a conduit à la terrible attaque au missile le 17 juillet contre l’avion MH17 de la Malaysia Airlines ainsi que sur les ripostes à apporter pour mettre fin à la guerre russo-ukrainienne. Matthew Dal Santo a publié sur le site australien ABC une analyse expliquant sommairement que la Russie disposait d’un droit de regard sur l’Ukraine dans la mesure où historiquement cette dernière ferait partie de sa sphère d’influence.[1] Pour lui les sanctions contre la Russie seraient contre-productives car elles ne feraient qu’exciter plus encore un pays puissant qui dispose de l’arme nucléaire et de l’arme énergétique. M. Dal Santo renverse même la situation en affirmant que les « sanctions traiteraient les symptômes et non la cause du problème, à savoir l’actuelle faiblesse de l’Ukraine ».

Cette analyse est fausse.[2] L’Ukraine a montré au contraire au monde entier avec sa révolution de la dignité qu’elle a menée entre novembre 2013 et février 2014 contre un gouvernement corrompu et brutal qu’elle disposait d’un capital important de ressources spirituelles et d’un vrai désir de démocratie et de justice. Ceci lui a été reconnu par l’Union européenne qui a signé avec elle le 27 juin dernier un ambitieux traité d’association politique et économique. Tandis que, comme l’a écrit le célèbre écrivain biélorusse Svétlana Alexeievitch, la Russie est « de moins en moins démocrate » et cherche à rassembler aujourd’hui toutes les forces anti-occidentales.[3] De plus, à l’ère de la globalisation le cynisme diplomatique et le relativisme juridique fondés sur une foi non déclarée en la primauté du droit du plus fort sont choquants. Samuel Huntington, qui ne voyait d’avenir paisible à l’Ukraine que dans un partage entre ses régions ukrainophones et ses régions russophones, s’est trompé. Les guerres nouvelles ne sont pas entre les civilisations mais entre ceux qui croient au choc des civilisations et ceux qui pensent qu’il existe des valeurs universelles. Vladimir Poutine et les Russes qui le soutiennent font partie du premier groupe. Violer le droit international devient légitime pour eux au nom de l’intégration de l’Ukraine russophone à la Russie. Arseni Yatséniouk et la « génération Maïdan » font partie du second groupe. Au nom de la justice et de la dignité humaine un pays se rassemble aujourd’hui pour créer un Etat-nation bi-culturel. De plus il est erroné de dire que l’OTAN ou l’Union européenne auraient fait de quelconques promesses à la Russie de Gorbatchev de ne pas s’étendre à l’Est. Bien au contraire, c’est Mihail Gorbatchev lui-même qui rêvait de construire une maison commune européenne car il savait que les pays qui avaient subi le joug soviétique comme les pays baltes ou la Pologne ne rêvaient plus désormais que de liberté et de sécurité au sein du monde occidental.

Mais l’analyse de M. Dal Santo est surtout dangereuse. Il est faux d’affirmer que parce que « Kiev est la mère des villes russes » Poutine serait en droit de l’annexer ainsi que la Crimée. A ce jeu là Paris devrait annexer Rome qui devrait elle-même envahir Jérusalem. Il est faux également de considérer que la Russie est surpuissante et invulnérable. Son PIB est inférieur à celui de la France, son économie est dépendante de la vente de ses hydrocarbures, son taux de mortalité n’est que de 63 ans pour les hommes, et le différentiel de richesses au sein de la population est l’un des plus élevé au monde. Il est aussi étrange d’expliquer que des sanctions ne produiraient qu’un accroissement de violence de la part de la Russie. Il n’est plus à démontrer depuis les déclarations de J. Kerry et d’A. Merkel que les terroristes du Donbass sont des citoyens russes armés par les Russes. Agir sur le Kremlin permet d’avoir un effet direct sur les Guirkine, Goubarev et consorts. C’est l’absence de réaction de la communauté internationale après l’annexion de la Crimée qui a conduit Poutine à lancer fin mars dans le Donbass la phase 2 de son plan de conquête de l’Ukraine. Or la communauté internationale avait pris l’engagement en 1994 à Budapest par un mémorandum célèbre de garantir l’intégrité du territoire ukrainien en contrepartie de sa dénucléarisation. Aujourd’hui la France, qui a signé ce traité avec la Chine après les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la Russie, renie sa signature par la voix du président Hollande qui confirme le 22 juillet 2014 qu’elle livrera à l’automne à l’armée russe un Mistral. On a même entendu un ancien ministre de droite, Xavier Bertrand, affirmer que c’était essentiel car « la parole de la France, la signature de la France, ça se respecte ». Il parlait en fait de la signature du contrat d’armement et chiffrait ainsi à 1 milliard d’euros l’honneur de la France. Les pays qui commencent par perdre leur honneur sont ceux qui finissent par perdre leur liberté. Les Français le savent depuis la signature des fameux Accords de Munich le 30 septembre 1938.  Lire la suite…

Journalisme et numérique : médiation ou information ?

Avec Daniel Cornu, Christophe Deloire et Pascal Riché.

Entre l’irruption des smartphones, le développement des réseaux sociaux et la profusion des sources, nos rapports au journalisme et à l’information se sont profondément modifiés au cours de ces dernières années. Journalistes et bloggeurs sont-ils aujourd’hui concurrents ou partenaires ? Tout le monde peut-il s’improviser journaliste ? Qu’a apporté le numérique au journalisme ? Ce sont à ces interrogations que nos trois intervenants ont tenté de répondre tout au long du débat.

L’un des aspects qu’a apporté le numérique au journalisme est une démarche participative, la possibilité aux internautes de donner leur avis, d’échanger sur des sujets et d’écrire leurs propres articles dans des blogs et des pureplayers,comme Rue89 par exemple. Cette nouvelle démarche s’est accompagnée de questionnements sur le statut du journaliste : quelle est la différence entre un journaliste professionnel et un bloggeur ? Entre un journaliste et un citoyen comme les autres qui intervient sur une actualité précise ? Le métier de journaliste est-il en train de s’éteindre ? L’idée que tout le monde pouvait devenir journaliste a commencé à germer dans les esprits, ce phénomène s’est appelé « le journalisme citoyen ». Phénomène qui s’est finalement avéré plus complexe après des enquêtes réalisées sur le fonctionnement de différents journaux. On s’est rendu compte que malgré l’importance des citoyens dans la médiation de l’information, le journaliste professionnel conservait un rôle capital. Si les internautes participent à la rédaction de Rue89, c’est le journaliste professionnel qui garde le contrôle des publications. Le métier de journaliste, au-delà de transmettre l’information, consiste à la chercher et surtout à la vérifier, ce que le citoyen est dans l’incapacité de faire. Celui-ci peut apporter un témoignage, parler de sa vie, construire une analyse (auquel cas, il peut entrer en concurrence avec le journaliste) ou proposer un sujet qui le touche personnellement, mais il ne peut pas gérer les opérations de vérification, de mise en forme et de diffusion de l’information au même titre que les professionnels. Outre leurs rôles importants de créateurs de sujets et de rédacteurs, les citoyens ont aussi un rôle de prescripteur. Aujourd’hui, le tri n’est plus fait par le rédacteur en chef mais en fonction de conseils et de recommandations de pairs. Il y a même certains articles que les rédactions ne considèrent pas importants de prime abord, mais qui, ayant beaucoup de succès sur Facebook, sont mis en avant dans un second temps. Le journalisme n’est pas une profession fermée, caractéristique qui n’est d’ailleurs pas récente. Au XIXème siècle, il y avait déjà beaucoup de personnes qui écrivaient dans des journaux et qui pourtant n’étaient pas journalistes, comme le personnage de Monsieur Homais dans Madame Bovary, à la fois pharmacien et correspondant pour un journal local.  Lire la suite…

Le mensonge est-il permis ?

Intervenants :
Jean-Christian Petitfils, Michèle Pappalardo, Matthieu Villemot.

Si dans la Bible il est dit « tu ne mentiras point », si le mensonge peut être un acte grave et passible de peines de prison, il en existe pour lesquels l’opinion publique a plus d’indulgence (le mensonge par charité, le mensonge par omission). Il est d’ailleurs préférable selon certains de choisir la tromperie plutôt que la sincérité, comme l’affirme le célèbre adage, « la vérité n’est pas toujours bonne à dire ». Quelle est la bonne attitude à adopter face au mensonge ? Tout mensonge est-il condamnable ? N’est-il pas parfois préférable de cacher une vérité pour ne pas blesser ? Le mensonge est-il permis ? Nos trois intervenants de ce Mardi des Bernardins ce sont efforcés d’apporter une réponse à cette vaste question. Lire la suite…