La reconnaissance dans l’entreprise : sincérité ou efficacité ?

Sommes-nous des enfants en quête perpétuelle du bon point ? Les invités réunis autour de la table des Mardis des Bernardins se sont penchés sur la question de la reconnaissance dans l’entreprise. Les sondages, quels qu’ils soient, s’accordent à la placer dans les trois premières attentes des salariés, si ce n’est en tête de file. Mais alors, quel est son objectif : performance économique et/ou sociale ? Quels sont ses ressorts ? Doit-on et peut-on formaliser la reconnaissance en entreprise ?

 C’est avant tout une affaire d’intelligence relationnelle que de reconnaître les résultats et les efforts des salariés. Il est évident que l’on instaure ainsi un climat de confiance qui infuse à tous les niveaux de la hiérarchie. Aux cyniques, nos intervenants ont concédé que la reconnaissance, comme puissant facteur de motivation est également un outil de performance économique. Patrick Dumoulin, directeur général de Great Place to Work a décrit un mécanisme au fonctionnement quasi-organique : la reconnaissance des salariés établit une confiance dans l’encadrement qui génère l’engagement, qui est lui-même gage de performance sociale donc de performance économique. En outre, la reconnaissance, quelle qu’elle soit, est un incontournable pour engager les salariés dans le développement de l’entreprise. S’en dispenser empêcherait d’attirer et de retenir les talents.

 Mais la reconnaissance n’est pas une panacée : utilisée à mauvais escient, elle peut également desservir les performances, tant sociales qu’économiques, de l’entreprise. Par exemple, un patron qui distribue des primes sans aucune transparence sera taxé de faire du favoritisme. Selon Hubert Mongon, il faut donc expliquer les règles du jeu pour progresser.

 Quels sont, dès lors, les ressorts de la reconnaissance ? Le premier est bien sûr pécuniaire : être reconnu, c’est d’abord être rémunéré à sa juste valeur. Mais Yves Le Bihan a souligné que l’argument financier satisfait les salariés en moyenne moins de douze mois.

 Pour pérenniser l’engagement des salariés, il faut donc miser sur une reconnaissance non-monétaire. Hubert Mongon a illustré par une anecdote sa perception de la reconnaissance dans l’entreprise. Le 2 janvier, un responsable de l’entreprise Bouygues, faisait personnellement le tour du siège pour présenter ses vœux à la totalité des salariés du site. Consacrant 5 minutes à chacun, il leur exprimait une forme de reconnaissance très concrète tout en prenant la température de l’entreprise. Ces 48 heures profitaient autant aux employés qu’à la direction. Comme il l’a rappelé, il n’y a « ni guide, ni système ». Mais s’en remettant à son bon sens, le bon manager doit donner de l’attention à ses salariés : dire bonjour, s’enquérir de sa santé et prendre des nouvelles de sa famille, donner des retours réguliers sur la qualité du travail accompli, etc. Yves Le Bihan parle volontiers de reconnaissance circulaire pour décrire les nombreuses dimensions de cette notion : la reconnaissance du travail bien fait vient de soi-même, puis des pairs et de la hiérarchie, mais aussi des fournisseurs et des clients. Tous ces éléments résonnent et créent une dynamique globale qui participe à l’engagement des salariés au sein de l’entreprise. Or selon H. Mongon, l’entreprise est un écosystème perméable à la société : créer une entreprise reconnaissante, c’est donc renforcer la confiance au sein de la société.

L’équipe des Mardis

Mardi des Bernardins – la morale dans les affaires : un vœu pieux ?

A l’occasion de la 13ème édition des Entretiens de Valpré, les Mardis des Bernardins se demandaient dans quelle mesure les affaires pouvaient-être morales. La culture française voit d’un mauvais œil le profit, et l’éthique est souvent perçue comme un atour dont se parent les affaires pour mieux parvenir à leurs fins. A chaque crise, on montre du doigt la corruption et l’avidité des entreprises. Qu’en est-il ? Le monde des affaires est-il moral ? Et s’il ne l’est pas, comment peut-il évoluer ?

 Le monde des affaires a ses propres codes normatifs qui ne sont pas nécessairement ceux de la morale. Pierre-Henri de Menthon, rédacteur en chef de Challenges qui animait le débat, a cité le philosophe André Comte-Sponville pour qui le capitalisme est amoral, non pas immoral. La dichotomie Bien/Mal échappe au monde des affaires qui est normé par l’efficience. Mandela avait reproché aux entreprises qui s’étaient retirées de l’Afrique du Sud pendant l’Apartheid d’avoir compromis l’avenir politique et économique du pays en appliquant des jugements moraux. Lire la suite…

Mardi des Bernardins – Charles Péguy, anticlérical et théologien ?

Pasteur Michel Leplay : « Péguy dérange tout le monde et n’arrange personne »

A l’occasion du centenaire de la mort de Charles Péguy, les Mardis des Bernardins ont accueilli un débat sur la vision que l’écrivain avait de l’Eglise et du christianisme. Auteur d’une pensée en palimpseste, faite de couches successives et complémentaires, Charles Péguy disait « nous ne renierons jamais un atome de notre passé ». Comment conciliait-il une foi riche et profonde avec son aversion pour le clergé ?

Nos invités ont d’abord interrogé l’opportunité de qualifier Péguy de théologien. En effet, comme l’a rappelé le Père Scholtus, bien que les plus grands théologiens l’aient qualifié comme tel, Péguy est avant tout un écrivain. Le Pasteur Leplay a abordé la question à travers l’étymologie du terme (theos/logos, soit la rencontre de Dieu et de la parole). Péguy n’a pas souhaité être celui qui parle de Dieu à la façon des théologiens systémiques. Par contre, il parle à Dieu à travers la prière notamment, dès l’enfance. Mais surtout, il est quelqu’un à qui Dieu parle, voire qui donne la parole à Dieu. Lire la suite…