Les écrans nous rendent-ils bêtes ? – Les Mardis des Bernardins

L’usage excessif des écrans et des jeux vidéo par les jeunes inquiète. Alors que le Conseil économique, social et environnemental (CESE) réclame, dans un rapport présenté aujourd’hui, une meilleure prise en compte de cette pratique par les pouvoirs publics, les Mardis des Bernardins invitaient hier Alain Bentolila, professeur de linguistique à l’université Paris-Descartes, Patrick Boucheron, professeur d’histoire du Moyen Âge (Paris-I, LAMOP), Damien Le Guay philosophe, maître de conférences à HEC, enseignant à l’espace éthique de l’APHP et Elena Pasquinelli, chargée de mission à la Fondation La main à la pâte, chercheur en sciences cognitives (Institut Jean Nicod, ENS) à débattre sur la question.

 

Comment définir la juste place qu’il convient d’accorder aux écrans, sans les diaboliser ni trop les encenser ? Comment agissent-ils sur la formation de notre cerveau et sur notre rapport aux savoirs, sur notre comportement en société ? Comment replacer la fameuse « révolution du numérique » dans un temps long ? Enfin quelles recommandations adresser aux parents dans le cadre de l’éducation de leurs enfants ? Les Mardis des Bernardins reviennent sur ces questions.

 

De quoi parle-t-on ?

Derrière le mot « écrans », que l’on fustige si souvent, qu’entend-on réellement ? Internet, les jeux vidéo, la multiplication des smartphones et tablettes, voire des montres connectées, tout cela pose des ‘problèmes’ multiples et variés. « Mais de quoi parle-t-on ? On superpose technologie, instantanéité et images », s’exclame Patrick Boucheron. Si notre rapport au texte, à la lecture – qui a toujours été un exercice extrêmement difficile et nouveau pour notre cerveau, comme le rappelle Elena Pasquinelli – se trouve modifié et peut-être altéré par notre usage quotidien des écrans, le médiéviste explique qu’en revanche, le rapport à l’image qu’ont ses étudiants, et surtout leur sens critique, s’est considérablement développé.

Peut-on parler d’addiction ? Elena Pasquinelli explique que les chercheurs européens manquent d’un référentiel commun pour confirmer ou infirmer l’existence d’une telle « addiction », que pointe aujourd’hui le rapport du CESE.

Les écrans, le goût et le savoir

Alain Bentolila, linguiste, insiste sur le fait que ce ne sont pas les écrans qui sont susceptible de résoudre l’illettrisme : dans les années soixante, tout comme aujourd’hui, 10 à 12% de la population adulte est dite illettrée, mais qu’il s’agit de deux illettrismes très différents, l’illettrisme actuel étant sans doute directement causé par les écrans. Il reproche également à la télévision sa « prévision », le fait que tout soit prévisible, notamment dans la téléréalité, que le téléspectateur soit certain, en s’asseyant dans son fauteuil, qu’il n’aura pas à réfléchir : « la télé, dans sa proposition massive, tue le désir de savoir, le desiderio di sapere », affirme-t-il en reprenant l’expression de Federico Cesi (XVIIe s).

Damien Le Guay, tout comme Elena Pasquinelli, expliquent en quoi les écrans sont irrésistibles. Le premier analyse comment ils ont peu à peu remplacé l’autorité parentale : « l’écran ne fait plus écran, autrefois la famille faisait écran » ; la seconde explique qu’ils sont « des gâteaux pour le cerveau », car ils stimulent des fonctions et réflexes très anciens de ce dernier. Quitter sans cesse des yeux le texte qu’on lit parce que l’on est attiré par une image publicitaire bougeant dans un coin n’est donc pas un manque d’attention dû à une régression quelconque, mais bien un réflexe très ancien propre au chasseur-cueilleur que nous étions.

Les Mardis des Bernardins – Le devoir de vigilance des multinationales : réconcilier éthique, consommateur et entreprise ?

Deux ans après le drame du Rana Plaza, qui avait causé la mort de plus de 1 100 personnes au Bangladesh, les députés français ont adopté le 30 mars dernier  un texte instaurant un « devoir de vigilance » pour les sociétés donneuses d’ordre françaises à l’égard de leurs sous-traitants. Adopté, le texte est toujours bien loin de faire l’unanimité chez les acteurs concernés.

Pour en débattre, les Mardis des Bernardins ont réuni Guy Aurenche, président du CCFD-Terre Solidaire et avocat honoraire, Danielle Auroi, présidente de la commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale et rapporteur de la proposition de loi sur le devoir de vigilance des entreprises, Laurent Corbier, représentant du MEDEF, Directeur des Affaires Publiques Groupe ERAMET et enfin Sandra Cossart, responsable du programme « Globalisation et Droits Humains » de l’association Sherpa.

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Image, icône, caricature – Les Jeudis Théologie

Le père Éric Morin revenait sur cette question brûlante d’actualité lors d’un « Jeudi Théologie » le 5 mars 2015 au Collège des Bernardins.

« Tu ne feras aucune image »

« Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux pour leur rendre un culte » (Ex. 20, 4-5). L’interdit biblique du deuxième commandement devait viser à mettre en garde les fils d’Abraham contre la tentation d’adorer un produit de main d’homme, autre que Dieu, plus que diaboliser l’image en elle-même.

Il faut rappeler que les trois religions monothéistes sont nées dans des cultures où l’image avait peu de place. C’est pourquoi le Coran est presque silencieux sur l’interdiction de faire des images : « pourquoi en effet interdire ce qui n’existe pas, ou ce qui existe si peu » dans la société de l’époque ?

C’est le développement de la tradition musulmane, ou plutôt des traditions musulmanes, par les hadiths qui a fait naître des interprétations variées de cette parole. Différentes interprétations certes, mais toutes légitimes, à l’instar des différences de rapport aux images saintes qu’il peut exister entre catholiques et orthodoxes, entre protestants et catholiques. Il en reste qu’en son sein, l’Islam a toujours préféré la calligraphie à l’iconographie, comme le montrent les éditions du Coran les plus anciennes jusqu’aux plus récentes : « la calligraphie fait de la parole sa propre décoration. »

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