Mardi des Bernardins – « T’es malade ou quoi ? »

Ainsi s’interpelle-t-on de nos jours pour mettre en évidence l’absurdité d’un comportement, le manque de responsabilité d’une personne, pour la mettre à part : « t’es malade ou quoi ? Oh, t’es sourd ou quoi ? ».

A l’occasion de la Journée mondiale des malades, les Mardis des Bernardins ont souhaité réfléchir à la place et au sens de la maladie dans notre société. Etre malade aujourd’hui, en France, qu’est-ce que cela signifie ? Pour éclairer cette question, quatre personnalités familières de la maladie : le docteur Bertrand Galichon, médecin urgentiste à l’hôpital Lariboisière ; le père Brice de Malherbe, codirecteur du département de recherche d’éthique biomédicale du Collège des Bernardins ; Anne-Sophie Tuszynski, cofondatrice de Cancer@work et enfin Doriane Villordin, coresponsable de l’aumônerie de l’hôpital Cochin.

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A toute bonne discussion, définition des termes : « le malade est défini par sa maladie, il est sidéré par sa maladie, il vit avec elle. Le patient, c’est celui qui a intégré l’événement de la maladie dans sa biographie, et le soin est là pour lui faire retrouver une capacité d’altérité », analysait le dr. Galichon en guise d’ouverture. A quoi répliquait Anne-Sophie Tuszynski, cofondatrice de Cancer@work et  victime d’un cancer en 2011 : « je n’aime ni le mot de malade, ni le mot de patient… on est des survivants ! On vit peut-être davantage, différemment. » Pour l’urgentiste également, les anciens malades ont « du poids », « une perception beaucoup plus affinée ». L’épreuve de la maladie pourrait-elle apporter à la personne un surcroît d’humanité ?

De « la chambre untel » à « madame Bonnet »

Certes, « grandir en humanité ensemble » (Père de Malherbe) est un beau but pour soignants et patients, mais force est de constater au sein du monde médical la difficulté de prendre en compte la personne dans tout son corps et son histoire, qu’explique – mais n’excuse pas – l’urgence : « avant, pour parler d’un malade, on disait ‘la chambre untel’ ou le nom de la maladie ; aujourd’hui on fait plus d’efforts pour dire son nom, ce qui rappelle qu’on soigne la personne dans sa globalité », témoignait l’ancienne infirmière Doriane Villordin, passée du « soin des corps » au « soin des âmes » dans le cadre de l’aumônerie de Cochin. Le dr. Galichon affirmait : « il faut que nous apprenions à perdre du temps pour en gagner (…) : même aux urgences, vous laissez parler madame Bonnet de son chat, de sa voisine, de tout le monde : elle vous a raconté son histoire et vous avez autant d’examens complémentaires à lui proposer !». Nos invités en convenaient tous : privilégier l’écoute, sans laquelle la médecine perd sa dimension d’art pour n’être plus qu’une science seulement.

Fragilité et performance

Comment alors intégrer la fragilité humaine dans le mouvement de croissance auquel la société aspire ? Il faut reconnaître qu’actuellement, l’entreprise ne connaît pas la maladie : elle ne connaît que le congé maladie et suppose que son salarié est guéri lorsqu’il revient, déplorait Anne-Sophie Tuszynski. Que le désir de performance ne méprise pas la fragilité : « le chemin est encore long, [mais il faut être certain qu’] à partir de situations de fragilité on peut permettre l’innovation, la création de valeur (…). Ceux qui sont passés par la maladie ont parfois gagné en qualités humaines, en sens des priorités : ce sont là des compétences précieuses pour l’entreprise, pour la société ».

Pour aller plus loin :

– Lien vers la vidéo intégrale de la rencontre : http://www.dailymotion.com/video/x2gxj0u_t-es-malade-ou-quoi-le-mardis-des-bernardins_webcam

- Quelques ouvrages du père de Malherbe :

  • Le respect de la vie humaine dans une éthique de communion. Une alternative à la bioéthique à partir de l’attention aux personnes en état végétatif chronique, Parole et Silence, 2006. (Prix Henri de Lubac 2006).
  • Limiter ou arrêter les traitements en fin de vie. Quels repères pour quelles pratiques ? Parole et Silence, 2008.
  • Fin de vie : penser les enjeux, soigner les personnes, « Perspectives et propositions », Collège des Bernardins, Humanités, Parole et Silence, 2013.

– Le site de l’association fondée par Anne-Sophie Tuszynski : http://www.canceratwork.com/web/accueil.php

Mardi des Bernardins – Quel récit pour l’Europe ?

Quel nouveau récit pour l’Europe ? Reprenant les termes de la déclaration faite en 2013 par José Manuel Barroso, qui présidait alors la Commission Européenne, trois intervenants ont rejoint le plateau des Mardis des Bernardins ce 3 février : Antoine Arjakovsky, codirecteur du département « Société, Liberté, Paix » du Collège, Vincent Dujardin, professeur à l’université de Louvain-la-Neuve et président de l’Institut d’études européennes et enfin Jérôme Quéré, vice-président de l’association Jeunes Européens France.

Puisque « nous ne voulons pas d’une Europe médiocre et défensive qui adopte la politique de l’autruche pour échapper aux réalités du XXIe siècle » (extrait de la déclaration Un nouveau récit pour l’Europe), comment mobiliser les citoyens européens pour faire de l’Europe, non seulement un espace de paix et de stabilité, mais encore un acteur engagé en faveur de la croissance, pesant sur la scène mondiale ?

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LES JEUNES ET LES RELIGIONS : LE DEFI DE L’EDUCATION

Après la vague d’attentats qui a frappé non seulement Paris mais la France entière la semaine du 7 janvier 2015, la société française s’interroge sur son rapport aux religions, en particulier aujourd’hui à l’Islam.
Autour de la table des Mardis des Bernardins se sont réunis pour un mardi d’actualité : Rachid Benzine, islamologue, le père Bernard Bourdin, professeur de philosophie et d’histoire politique à l’ICP, Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne et ancien président du conseil régional du culte musulman (CRCM) de Rhône-Alpes, et enfin le père Christophe Roucou, directeur du service national pour les relations avec l’Islam. « Les jeunes et les religions : le défi de l’éducation » était le sujet retenu quelques jours avant la rencontre. Comment accompagner la maturation spirituelle des jeunes dans l’environnement laïque français ? Comment les éduquer à la connaissance et au respect de soi et de l’autre dans sa dimension religieuse ? Lire la suite…