Mardi des bernardins – Algérie – France : comment dire le passé d’une même voix ?

C’était il y a 60 ans. La nuit du 1er novembre 1954, une trentaine d’attentats visant des symboles de la présence coloniale, firent sept morts. La date entrait dans l’histoire de France comme la Toussaint Rouge et dans celle de l’Algérie comme la Glorieuse Révolution qui a conduit à l’indépendance du pays en 1962. La guerre a fait entre 300 000 et 400 000 morts côté Algérie, que l’Algérie qualifie volontiers de martyrs. Elle a façonné le pays politiquement, topographiquement et démographiquement. A travers le million et demi d’appelés français (dont 30 000 ne sont pas revenus), toutes les familles françaises ont vécu cet épisode qui ne s’est longtemps appelé que « les événements » de ce côté de la Méditerranée.

 C’était il y a 60 ans. Pourtant, il n’y a toujours pas de consensus historique ou mémoriel sur la guerre d’Algérie. Plus de cinquante ans après les accords d’Evian, où en sommes-nous ? C’est la question qui réunissait les invités des Mardis des Bernardins le 18 novembre : Sylvie Arkoun, Ben Salama et Benjamin Stora.

 Ils ont d’abord interrogé les mutations dans le rapport à cet épisode. Pour Benjamin Stora, la France, notamment son Etat, a d’abord voulu en finir avec cet événement vécu comme une blessure collective. Des historiens et des témoins ont très vite écrit, mais l’espace public et les élites politiques n’ont pas ménagé de place pour leur parole. Sylvie Arkoun reprenait à un niveau plus personnel cette description du refoulement. En effet, son père, l’éminent islamologue Mohammed Arkoun, l’a élevée sans jamais lever le voile qu’il avait jeté sur son attachement à l’Algérie. Or, selon elle, dans les silences qui pèsent sur les familles transparaissent des vérités dont les enfants héritent. On pourrait élargir cela à l’échelle collective : dans le refoulement collectif de l’histoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ont transparu des choses qui retrouvent progressivement leur place dans le discours public. Il ne faut pas craindre que la mémoire s’exprime, puisque c’est la seule garantie de l’apaisement du rapport au passé et de la guérison du traumatisme. Il faut, selon Benjamin Stora, honorer toutes les mémoires et tous les morts de la guerre.

 Le problème est désormais autre : une fois qu’ils s’expriment, les points de vue sont difficiles à concilier dans un récit partagé, entre France et Algérie, mais également au sein de chacun des deux camps. Ben Salama soulignait que la réconciliation est une démarche volontariste et non quelque chose qui advient sui generis. Il faut qu’elle soit portée par le courage politique des représentants des peuples, chose qui fait défaut actuellement. Un lycéen du public interrogeait le traitement maladroit de la guerre d’Algérie dans les manuels scolaires : l’épisode est traité comme crise politique entre la IVème et la Vème République et non comme conflit armé. Or évidemment, comme beaucoup de choses, la réconciliation des mémoires passe d’abord par l’éducation… C’est d’ailleurs ce que Ben Salama disait en appelant de ses vœux la création d’un Office Franco-Algérien de la Jeunesse, à l’image de celui que Charles de Gaulle et Konrad Adenauer avaient mis en place entre leurs deux pays. Pour lui, l’obstacle est avant tout politique, puisque les sociétés civiles, en dépit d’une frange qui nourrit la haine, sont extrêmement liées.

 Les invités de notre Mardi ont donc brossé le tableau d’une mémoire en mutation, aux prises avec un traumatisme non-résolu. Même si la politique blessée des deux pays freine parfois la compréhension du passé, les sociétés civiles échangent et construisent, de fait, un avenir de dialogue et de partage.

L’équipe des Mardis

Cultivons la Paix !

Centenaire de la Grande Guerre, soixantenaire de la guerre d’Algérie, conflits multiples au Proche-Orient, en Afrique… La guerre semble omniprésente dans la vie des hommes sur Terre. Autour de la table des Mardis des Bernardins, trois intervenants au passé aussi riche que différent ont pourtant choisi de voir la moitié pleine du verre. A en écouter nos invités, la paix est le produit d’un mélange complexe entre paix intérieure, harmonie et diversité, justice et amitié, respect et connaissance de l’autre. Comment chacun peut-il faire avancer le monde vers la paix ?

 L’homme est-il capable de paix ?

 L’homme n’est-il pas un loup pour l’homme ? Avant de savoir comment faire la paix, encore faudrait-il la rechercher. Or ne sommes-nous pas tentés, primairement, de dévorer notre prochain, les idées ou identités qu’il représente ?

Pour Reza, photojournaliste, l’homme naît bon et la politique le corrompt. Pour Samuel Grzybowski, président de Coexister, l’association interreligieuse des jeunes, la haine et la guerre sont originellement présentes dans le cœur de l’homme au même titre que l’amitié et la paix. C’est ensuite à chacun de choisir sa voie. Enfin, le Pr. Jean-Jacques Rein, chef du service de cardiologie pédiatrique à l’hôpital Hadassah de Jérusalem, citait la Genèse pour évoquer les mauvaises pulsions qui animent initialement l’homme. Face à ce caractère inné, l’éducation est un combat qui doit l’amener à rechercher la paix. Dans la Bible, la paix est une bénédiction de Dieu. Lire la suite…

La reconnaissance dans l’entreprise : sincérité ou efficacité ?

Sommes-nous des enfants en quête perpétuelle du bon point ? Les invités réunis autour de la table des Mardis des Bernardins se sont penchés sur la question de la reconnaissance dans l’entreprise. Les sondages, quels qu’ils soient, s’accordent à la placer dans les trois premières attentes des salariés, si ce n’est en tête de file. Mais alors, quel est son objectif : performance économique et/ou sociale ? Quels sont ses ressorts ? Doit-on et peut-on formaliser la reconnaissance en entreprise ?

 C’est avant tout une affaire d’intelligence relationnelle que de reconnaître les résultats et les efforts des salariés. Il est évident que l’on instaure ainsi un climat de confiance qui infuse à tous les niveaux de la hiérarchie. Aux cyniques, nos intervenants ont concédé que la reconnaissance, comme puissant facteur de motivation est également un outil de performance économique. Patrick Dumoulin, directeur général de Great Place to Work a décrit un mécanisme au fonctionnement quasi-organique : la reconnaissance des salariés établit une confiance dans l’encadrement qui génère l’engagement, qui est lui-même gage de performance sociale donc de performance économique. En outre, la reconnaissance, quelle qu’elle soit, est un incontournable pour engager les salariés dans le développement de l’entreprise. S’en dispenser empêcherait d’attirer et de retenir les talents. Lire la suite…